La joie de SimHat Torah est elle aussi grande de l’autre côté de la méHitsa?

Etude Dédié au Rabbin Monique Süskind, avec nos voeux de réfoua chelema.

Question :
Aujourd’hui, dans certaines synagogues et à des degrés divers, les femmes sont écartées entre autre par une séparation, elles sont de l’autre côté de ce qu’on appelle la MéHitsa. A SimHat Torah, alors que les hommes dansent avec la Torah, elles sont souvent sur une galerie qui ne permet pas de danser, trop éloignées pour se sentir réellement incluses dans les chants.

Le cas extrême est celui de Méa Shéarim, où elles seront même obligées cette année d’emprunter des rues séparées pendant la période de Soukot, ceci contre la décision de la cour suprême israélienne. Il faut pourtant mentionner de nombreuses initiatives orthodoxes qui autorisent la participation active des femmes, qu’il s’agisse de lire la Torah entre femmes au Kotel (http://womenofthewall.org.il/) , de créer des synagogues qui encouragent la participation des femmes (http://www.shirahadasha.com/) ou simplement de rabbins orthodoxes répondant simplement selon les critères de la halaHa, sans surenchère, et autorisent ainsi les femmes à danser avec un Sefer Torah (http://www.ohrtorahstone.org.il/features/q&a19.htm). Ceci sans compter les synagogues non orthodoxes, dont certains sont également profondément engagées vis-à-vis de la halaHa (http://www.massorti.com/).

Quels sont les fondements et les raisons de l’exclusion des femmes ? Doivent-elles se réjouir de leur côté, séparément ? Le commandement de se réjouir ne s’applique-t-il pas à elles ?

Commençons par dire quelques mots de la joie de SimHat Torah :

La Torah commande : « Tu célébreras la fête des tentes durant sept jours, quand tu rentreras les produits de ton aire et de ton pressoir;  et tu te réjouiras pendant la fête et, avec toi, ton fils et ta fille, ton serviteur et ta servante, et le Lévite, l’étranger, l’orphelin, la veuve qui seront dans tes murs. ושמחת בחגך אתה ובנך ובתך ועבדך ואמתך והלוי והגר והיתום והאלמנה אשר בשעריך Tu fêteras ces sept jours en l’honneur de l’Éternel, ton Dieu, dans le lieu qu’il aura choisi; car il te bénira, l’Éternel, ton Dieu, dans tous tes revenus, dans tout le labeur de tes mains, et tu pourras t’abandonner à la joie. והיית אך שמח » (dvarim 16 :13-15)

Soukot est une fête principalement liée à la joie, comme pour toutes les fêtes on y chante le hallel, mais plus encore, on l’appelle zman simHaténou, le temps de notre joie, et on y pratiquait à l’époque du temple des rituels de libation de vin et d’eau dans une ambiance telle que, comme le dit la michna (souka 5 :1), « Celui qui n’a pas vu la joie de la cérémonie de la libation de l’eau לא ראה שמחה מימיו n’a pas vu ce qu’est la joie de toute sa vie. »

Qu’est-ce qui permet ce bonheur ? Certainement, comme le disent les commentateurs, les récoltes abondantes de l’automne. Mais également le fait d’être ensemble. Toute la famille se réjouit, et personne ne doit être oublié, ni les enfants, garçons ou filles, ni les serviteurs, hommes ou femmes, ni les personnes dans le besoin, le lévite, l’étranger ou la veuve. De même, le texte s’adresse à tous les adultes, hommes et femmes : chacun doit se réjouir, et la joie est partagée.

La Torah demande que nous réjouissions nos proches, Ibn Ezra sage andaloux du 12iem siècle explique que se réjouir est même un commandement, Sforno (sage italien du 16iem siècle) va jusqu’à affirmer : « Tu te réjouiras, aucune peine ne viendra s’immiscer. »

Ainsi, se réjouir soi-même, réjouir autrui, et se réjouir ensemble est un grand commandement.

Il faudrait de puissantes raisons pour mettre des obstacles à ce commandement qui vient directement de la Torah, ayant ainsi une autorité particulière.

Quels seraient ces raisons ?

Certains rabbins orthodoxes invoquent le fait que  la séparation entre les sexes existait déjà à la période du temple, qu’elle devrait être étendue à la synagogue, que l’on pourrait craindre des comportements « impudiques » si les hommes et les femmes se tenaient côte à côte.

Pour une étude détaillée, chacun est invité à se référer aux livrets « apprendre et enseigner : carnets d’étude sur le statut de la femme dans la Loi Juive » , rédigées par notre chère rabbin Monique Süskind. Pour de la documentation en hébreu ou en anglais, vous pouvez consulter le site Responsa for today (Responsa rabbiniques en hébreu, résumés en anglais).

Les femmes étaient-elles exclues du temple ? Non, les hommes n’étaient pas exclus de la « cour des femmes » qui se trouvait dans le temple rassemblait aussi bien les femmes que les hommes et les enfants, tous ensemble. Le nom « parvis des femmes » était une appellation sociologique due au fait que beaucoup de femmes s’y trouvaient. Les parties plus internes du temple n’étaient pas davantage réservées aux hommes, mais à tous ceux qui venaient y apporter des sacrifices, femmes et hommes.

En dehors de ces deux structures, les femmes avaient-elles une galerie qui leur était spécialement destinée ? Non… et Oui. En réalité, à la période du deuxième temple, et non pas du premier, une fois dans l’année, et non pas en permanence, en raison de réels débordements « impudiques », et non pas de soupçons, une galerie des femmes était construite puis enlevée, tous les ans, à une période qui nous concerne particulièrement : la fin de soukot ! Ce moment même où la joie était telle qu’il fallait prendre des précautions spéciales…

Une galerie rajoutée à un bâtiment créé suivant les instructions divines ? La configuration du temple n’était-elle pas sacrée ? Oui, mais les circonstances exigeaient une réponse adaptée à la situation, les sages ont donc appliqué les principes de souplesse de la halaHa pour construire cette galerie provisoire (Talmud de Jérusalem, Souka 5 :2).

En raison des circonstances, les sages durent trouver une justification à la révolution que constitue cette galerie. Ils vont s’appuyer sur un verset du prophète Zacharie (12 :12) qui affirme « et le pays sera en deuil, chaque famille à part, la famille de la maison de David à part, et leurs femmes à part. »

Par raisonnement a fortiori, sages disent : si les femmes sont à part dans les occasions de deuil où les débordements impudiques sont improbables, a fortiori elles doivent être à part dans les occasions d’intense joie où des débordements impudiques se sont déjà produits.

Ceci est une belle interprétation. Il faut la prendre pour ce qu’elle est : un élément nécessaire de justification d’un changement difficile à imposer, celui de l’exclusion des femmes, même pour une seule journée dans le calendrier.

Les sages du Talmud n’en ont pas fait autre chose. Pourquoi démonter et remonter la galerie tous les ans ? Parce qu’il n’était pas question de la laisser. L’argument a fortiori n’était valable que dans des circonstances très particulières et ne pouvait pas être étendu. Ils étaient conscients que l’exclusion des femmes, ne serait-ce qu’un jour par an, était déjà suffisamment problématique

En réalité, le verset mentionné plus haut témoigne du fait que la séparation et l’exclusion sont associées au deuil. Ce ne sont pas les femmes seulement qui sont écartées : « Chaque famille à part, la famille de la maison de David à part, et leurs femmes à part. » Les convenances ou les comportements légers ne sont pas en cause ici, puisque les familles elles-mêmes sont installées de façon séparées. Pourquoi cette séparation ? Tout simplement parce que la séparation marque le deuil dans la tradition juive. Elle est donc parfaitement inappropriée à Soukot, où la joie domine, et qui s’inscrit, comme toutes les fêtes de pèlerinage, sous le signe du rassemblement de tout le peuple au temple, femmes incluses.Les sages ont eu raison d’amener ce verset. Mais nous aurions bien tort d’en méconnaitre la portée réelle. Il s’agit d’une justification, et non pas d’un grand principe !
Au temple, où la joie était grande, on pouvait comprendre qu’en raison de problèmes graves il ait fallu construire une galerie pour cette circonstance seulement comme une mesure d’urgence et d’exception.
Nous sommes ici aujourd’hui en exil. Être juif est une lutte permanente. Ceux qui viennent à la synagogue aux fêtes ne viennent pas librement célébrer leurs récoltes, mais ont au contraire lutté avec leurs fournisseurs, leurs clients ou leurs employeurs pour prendre congé. Dormir sous la souka est quasiment impossible en raison des intempéries, et les léviim ne dansent ni ne chantent, ne jouent pas de musique et ne font pas de spectacle. L’ambiance à notre synagogue est joyeuse, mais nous sommes encore loin de pouvoir dire « qui  n’a pas célébré simHat Torah à chir Hadach, c’est comme s’il n’avait jamais vu de sa vie ce qu’était la joie ».
Il n’y a pas, de nos jours, de risque de débordement dû à la joie, mais il y  a au contraire, un puissant danger de morosité.
A cette difficulté que partage le peuple juif dans son ensemble, il faut ajouter la frustration éprouvée par les femmes, confinées loin de cette torah qu’elles aiment, loin des danses et des chants, de l’autre côté de la MéHitsa. Il est alors difficile pour elles d’appliquer l’injonction de Sforno : aucune peine ne viendra s’immiscer.

Toutes les femmes voudraient-elles prier en famille ? Peut-être pas, chacune peut trouver son équilibre à sa façon. Mais chaque femme apprécie de pouvoir approcher la Torah à SimHat Torah, de nombreuses synagogues orthodoxes en israel, aux usa et à Bruxelles même, font circuler le sefer torah du côté des femmes, voire, le leur font passer le temps des danses, même de l’autre côté de la MéHitsa.

La séparation des femmes n’est pas une loi mais une coutume, qui remonte au plus tôt au 19iem siècle. La méHitsa n’existait pas dans les synagogues de l’antiquité, elle est n’est mentionnée pour la première fois qu’au 11iem siècle en Égypte, peut-être comme un compromis vis-à-vis de la pratique musulmane selon laquelle les femmes ne pouvaient se rendre à la mosquée. De nos jours, le risque n’est pas l’excès de joie, mais le manque de joie, et la séparation empire la situation. De nos jours, la société est mixte, la mixité n’entraine pas de sentiment de légèreté. Le rassemblement des familles est de nature à augmenter la joie de tous, l’implication des femmes comme des hommes féministes, qui ont tendance à s’éloigner de la tradition, il est de nature à renforcer la cohésion sociale, familiale et communautaire. Pour cette raison, il est temps d’appliquer la Torah et de nous réjouir, ensemble, nous, hommes et femmes, avec nos fils comme nos filles, et d’ajouter la joie d’être en famille à la joie de la fête.
 C’est une opportunité extraordinaire pour les hommes d’aujourd’hui, qui peuvent réjouir leurs femmes, sœurs, mères ou amies, en les accueillant et en les encourageant, car, sachez-le messieurs, aucune femme n’a envie de revendiquer ou de s’imposer, mais toute femme apprécie d’être consultée et invitée. Certaines refuseront de faire ce pas, qui n’est pas si simple, par crainte, timidité ou par conviction. Mais toutes apprécieront d’être prises en compte, et tireront de la joie de la considération qui leur est témoignée.

Puisse le temple être bientôt reconstruit, et puissions-nous nous y réjouir ensemble, d’une joie telle qu’elle sera nommé l’essence de la joie.

Moadim LésimHa et Hag SaméaH.

Pour les courageux qui veulent suivre la question de la place de la femme dans la société israélienne en hébreu, ou simplement soutenir:
http://www.facebook.com/groups/255096121189114/

(tiré de la rubrique « question du jour » de notre émission Hadech Yaménou sur radio Judaïca, le dimanche de 18h30 à 19h30, 90.2 à Bruxelles ou http://www.cerclebengourion.be/?page_id=369 en direct ou encore sur http://hadech.wordpress.com/ en écoute libre)

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