Rabbi NaHman soutient Charlie hebdo

Clairement, le titre est un terrible abus et un anachronisme. Cependant, voici un article qui nous parle de la joie, de l’auto-dérision et de la responsabilité d’être dans la joie en dépit des circonstances.

En cherchant des mots de réconfort suite aux derniers événements, j’ai trouvé cet article sur le site du Centre Hartman.

Il correspond tellement à la situation actuelle, et nous redonne le pouvoir à propos de nos sentiments, alors même que trop de chose désastreuses se passent sans que nous puissions intervenir comme nous le souhaiterions. Bien sûr, il faut agir, nous nous y employons. Mais la meilleure façon d’être efficaces est d’agir dans la joie. Alors que cela semble particulièrement difficile en ce moment, cet article de Zvi Mark sur la célèbre citation de Rabbi NaHman de Bratslav, très connue, mais imparfaitement comprise.

En voici la traduction:

Être toujours dans la joie

L’une des phrases les plus citées de Rabbi NaHman de Bratslav est : « C’est un grand commandement que d’être toujours dans la joie. » Quelle est l’explication de la recommandation de Rabbi NaHman concernant le fait d’être dans la joie ? Veut-il parler d’une conception optimiste de la réalité, d’une confiance simple dans le fait que le monde est bon ? Et comment l’individu peut-il parvenir à cette joie ? Une étude attentive des paroles de Rabbi NaHman concernant la joie fait émerger une conception plus complexe et dévoile un système de liens compliqués entre la joie, la tristesse, et le cœur brisé.

Le contexte dans lequel a été prononcée l’injonction d’ « être toujours dans la joie » fait immédiatement émerger la complexité de la conception de la joie selon Rabbi NaHman :

« C’est un grand commandement que d’être toujours dans la joie, et de se surpasser en éloignant de toutes ses forces la tristesse et l’amertume … Et d’une façon générale, il faut faire beaucoup d’efforts de toutes ses forces pour être dans une joie optimale en permanence. Car la nature de l’être humain est de se tirer vers l’amertume, les ténèbres et la tristesse, liés aux atteintes et aux évènements du moment, et tout homme est plein de souffrances, et pour cela il faut se forcer d’une grande force à être sans cesse dans la joie. » (Likouté Moharan)

Par ces paroles, Rabbi NaHman rend évident que la joie n’est pas une réponse naturelle de l’individu au bien qui se répand généreusement sur lui, et n’est pas non plus une focalisation sur les éléments bons et réjouissants de sa vie. La joie est précisément le mouvement de l’âme qui consiste dans le fait de lutter et vaincre la nature de l’être humain et la nature du monde. Car effectivement l’être humain est attiré d’une façon évidente justement vers « l’amertume des ténèbres » et la tristesse. Les soucis et les ennuis accompagnent tous les êtres humains de tous temps et ce faisant la condition humaine naturelle est celle de la déprime et de la tristesse. La joie est donc un mouvement de l’âme « en dépit de », et il revient à l’être humain de se forcer à cheminer en elle. Elle n’est pas un don divin qui revient de droit à l’individu mais un défi posé devant sa porte qui exige de lui de mettre en œuvre toutes ses forces. En d’autres termes, l’humeur de l’être humain n’est pas le fruit de ses conditions de vie mais le fruit de sa décision et de ses efforts pour arriver à la joie.

A la lumière de ceci, on comprend pourquoi les écrits de Rabbi NaHman comprennent de nombreux conseils pratiques dont le but est d’aider l’être humain à parvenir à la joie. L’un des conseils les plus intéressants et surprenants que Rabbi NaHman rappelle, est le fait de consacrer un temps fixe chaque jour pour se briser le cœur et pleurer devant le Saint, béni soit-il.

« Même un cœur brisé est une très bonne chose, il correspond à un moment précis, et il est conseillé de lui attribuer un temps défini chaque jour pour que la personne brise son cœur et pour détaille ses pensées devant Celui qui sera béni, comme on le dit ici, mais toute la journée il doit être dans la joie… Pour cette raison il est essentiel qu’il soit dans la joie en permanence, c’est uniquement pendant un temps spécifique qu’elle aura le cœur brisé. »

A de nombreux endroits Rabbi NaHman conseille à l’homme de sortir s’isoler pendant une heure au milieu de la nuit dans les champs, et d’exprimer un dialogue de pleurs et de cris au Saint Béni soit-il, à propos de ses malheurs et de ses erreurs (Rabbi NaHman précise que si une personne ne peut pas sortir dans les champs, il peut s’isoler aussi dans une pièce calme, et si cela également lui est impossible, il peut s’isoler sous son talit ou sous sa couverture pendant la nuit). Cependant, Rabbi NaHman précise et fait comprendre que le temps des pleurs et du cri n’est pas, lui non plus, un temps de tristesse et de dépression, mais un temps de « cœur brisé ». Quelle est la différence entre les deux ? « La tristesse, c’est comme celui qui est dans la colère et dans la fureur, comme celui dont l’Eternel tonne et se plaint, parce qu’Il ne fait pas ses quatre volontés. Mais le cœur brisé est comme un fils qui s’inculpe devant son père, comme un bébé qui pleure devant son père parce que celui-ci s’est éloigné. » (SiHot haran) La tristesse et la déprime appauvrissent les ressources vitales de l’homme. Il tend à se renfermer, à dormir, et à fuir sa vie. La brisure du cœur suscite justement la réaction, l’action qui rapproche du Saint, béni soit-il. Pour cette raison, une heure fixée de pleurs et de brisure du cœur amènera l’être humain à la joie : « Après le cœur brisé vient la joie, et tel est le signe qu’il avait bien un cœur brisé : Le fait que la joie vient ensuite. » (siHot moharan)

Cependant, que peut-on faire en ce qui concerne la tristesse elle-même, qui est appelée « l’amertume sombre » par Rabbi NaHman ? Une histoire de Rabbi NaHman concerne justement cette question, elle décrit les liens qui unissent la joie et l’amertume sombre :

« En ce qui concerne la joie, voici une parabole : Parfois lorsque les êtres humains sont joyeux et dansent, ils attrapent une personne de l’extérieur qui est dans la tristesse et dans l’amertume sombre et le font entrer de force dans le cercle des danseurs et la forcent contre son gré à être heureuse avec eux lui aussi.

Il en est de même en ce qui concerne la joie, quand une personne est joyeuse, alors l’amertume sombre et les souffrances s’enfuient par les côtés, mais c’est une vertu supérieure d’essayer de poursuivre cette même amertume sombre pour qu’elle se transforme en joie, qu’il transforme l’amertume sombre et toutes ses souffrances en joie, comme celui qui vient s’intégrer à la joie. » (likouté moharan)

La vraie joie ne provient donc pas du fait de repousser la tristesse ou le poids des soucis. Au contraire, c’est la joie consciente et douloureuse qui nait des souffrances humaines. La tristesse et l’amertume sombre sont les matériaux de base à partir desquels est créée la joie.

Un autre conseil de Rabbi NaHman dévoile une autre qualité de la joie telle qu’il la conçoit. Rabbi NaHman soutient que l’unique chemin qui mène à la joie est « les choses du rire et les bêtises », quand un homme plaisante et joue les imbéciles (siHot hamoharan). La capacité de l’individu à se tourner en dérision et à enlever le masque de dignité et de sérieux de son visage, est la condition nécessaire de la joie. Le sérieux et la dignité alourdissent l’être humain. Ils l’incitent à juger de ses actes à l’aune de ceux qui l’entourent. La personne qui se préoccupe de la façon dont les autres la perçoivent, de savoir si son comportement est digne ou ridicule, et en conséquence de quoi il se conduit dans une retenue permanente et en pesant chaque acte. Mais toutes ces choses sont le contraire de la joie, qui est l’expression de la vie, du mouvement libéré, non pas mis en scène et parfois bridé par un mors. Dans la continuité du Zohar, Rabbi NaHman donne à la joie le nom de « monde de la liberté », une position émotionnelle dans laquelle l’être humain fait ce que son cœur lui enjoint, en évitant les conjectures. Ainsi, pour parvenir à la joie, il appartient à l’être humain de se révolter contre la domination despotique de l’intellectualisation et contre un « autocentrage » encombré et épuisant, « de renvoyer l’intellect », de jouer les imbéciles et de ce conduire d’une façon facétieuse et amusante, tout simplement pour que les forces de la vie qui sont la base de la joie se réveillent et remplacent l’extinction dépressive de la tristesse humaine.

Joyeusement et sérieusement vôtre…

Un commentaire sur “Rabbi NaHman soutient Charlie hebdo

  1. Pingback: La joie, pensées et citations | Soukot et SimHat Torah

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s