5 notions juives contre l’oppression

(écrit en septembre 2010, pour l’association « Terre des femmes » sur la question de la relation entre les religions et l’oppression des femmes, partie II: l’oppression dans les sources juives)

A côté de cet aspect universaliste, le peuple juif célèbre son nouvel an particulier à partir de la fête de pessaH. C’est à partir de cet évènement que la torah compte les mois. Il s’agit de la célébration de la fin de l’oppression.
Ainsi, la boucle est bouclée. L’alliance présuppose la liberté et la responsabilité, l’histoire de l’alliance avec le peuple d’Israël part de la sortie d’Égypte, de la victoire contre l’esclavagisme.
Ceci pourrait n’être que des mots. Pour que l’idée de liberté entre et s’ancre à travers l’histoire, il en faut plus. Il est facile de décrier l’oppression dont on est victime, difficile de renoncer ou même de se rendre compte de l’oppression dont on est auteur.
Ceci est une tendance humaine universelle : nous voyons mieux ce qui nous gêne que ce qui gêne autrui.
Hillel, ce grand sage du talmud, reprenait la célèbre parole de la torah :

« Ne te venge ni ne garde rancune aux enfants de ton peuple, mais aime ton prochain comme toi-même: je suis l’Éternel. » (Lévitique 19:18 )

L’amour du prochain se fonde, nous enseigne la tradition orale, l’enseignement des sages de l’époque talmudique, sur le respect d’une éthique qui dépasse les conceptions individualistes : tel est le sens du « je suis l’Eternel ». Il veut dire, entre autre : ta finalité n’est pas en toi-même, tu ne dois pas agir uniquement en fonction d’un intérêt personnel, mais en fonction de principes qui te dépassent.

L’Éternel, adonaï ici, vient comme contrepoids à la tendance à l’oppression.
Opprimer au nom de dieu est impensable, et ceci n’en est qu’un petit exemple. Le mot lui-même que l’on dit « l’Eternel » en français, est appelé le tétragramme. Le tétragramme car il compte 4 lettres, lettres que l’on ne sait pas prononcer. On ne sait pas, et il est interdit de les prononcer. Le nom de dieu ne pouvait être prononcé qu’en des circonstances particulières, encore une fois des circonstances de jugement, lors d’un jour hautement solennel ; celui de yom kipour, ce même jour dont la préparation intense explique les fautes de frappe laissées dans ce texte et qui en rendent la lecture difficile.


Ainsi, le nom de dieu est imprononçable, et il est impensable qu’il soit détourné pour justifier des massacres.

D’après les dix commandements (dans la torah, livre de l’Exode et du Deutéronome), il est justement interdit d’en faire des représentations. Cet interdit permet de conserver une vision très abstraite de ce que peut être « « « dieu » » ». D’après ce que nous venons de voir, dieu est le principe au nom duquel il faut aimer son prochain que cela nous convienne ou non. Pour aller plus loin encore, il faut reprendre dans les 10 commandements, en hébreu les 10 paroles, la première, qui est comptée comme telle par les juifs alors qu’elle n’est qu’une forme introductive pour les chrétiens.
La voici :

« Je suis l’Éternel ton dieu qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison d’esclavage » (Exode 27:2; Deutéronome 5:6)

La façon dont l’Éternel se définit est dans son aspect libérateur du peuple juif.
De cet aspect libérateur nait un impératif juridique de non oppression sur lequel nous reviendrons dans un petit instant. Nous parlions de Hillel, sage du Talmud, qui reprenait à sa façon lévitique 19:18 (« Ne te venge ni ne garde rancune aux enfants de ton peuple, mais aime ton prochain comme toi-même: je suis l’Éternel. »)
Sa formulation était différente et d’une certaine façon plus facile à réaliser : « ne fais pas à ton prochain ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse ». Pour ancrer ce grand principe anti-oppression dans la réalité, il ne suffit pas de le répéter comme un mantra, il faut réfléchir à la façon de le mettre en pratique au quotidien.
Telle est l’attitude générale du judaïsme, telle est la raison pour laquelle il ne peut s’agir d’une religion seulement ou seulement d’un système philosophique, il s’agit de l’alliance d’un groupe de gens partageant des références et une histoire et étudiant la meilleure façon d’appliquer des principes moraux fondamentaux.
Hillel dit :

« Ne fais pas à ton prochain ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse, voici toute la Torah complète, le reste, ce sont des commentaires, va et étudie. » (Talmud Babylonien traité chabbat, 31b)

De façon très concrète, les 10 commandements prévoient le respect du chabbat, en souvenir de la création du monde et de la sorite d’Égypte. Il est remarquable que ces deux évènements soient mis en parallèle. Le monde n’a pas de sens sans la liberté. On dit, en conséquence :

Le septième jour est la trêve de l’Éternel, ton Dieu: tu n’y feras aucun travail, toi, ton fils ni ta fille, ton esclave mâle ou femelle, ton bœuf, ton âne, ni tes autres bêtes, non plus que l’étranger qui est dans tes murs; car ton serviteur et ta servante doivent se reposer comme toi.
(Deutéronome 5 : 11-14)

(suite: Et tu te souviendras que tu fus esclave au pays d’Égypte, et que l’Éternel, ton Dieu, t’en a fait sortir d’une main puissante et d’un bras étendu; c’est pourquoi l’Éternel, ton Dieu, t’a prescrit d’observer te jour du Sabbat.)

Vous êtes peut-être choqués par la mention de la notion d’esclave, et je comprends cela très bien. L’esclavage n’aurait jamais du exister, le début de son abolition au début du 18iem siècle est bien tardif, et il n’est pas encore éradiqué. (note: En 2001, la loi Taubira introduit la notion de Crime contre l’Humanité pour ce qui concerne l’esclavage et la traite humaine).

Ici, les « esclaves » sont mentionnés dans un but particulier : celui d’ordonner qu’ils aient un jour de congé hebdomadaire. Cette prescription n’est pas la seule, et s’inscrit dans une série de « droits de l’esclave » qui est plus proche du droit du travail actuel. Nous comprenons néanmoins à travers cet exemple deux choses :
1 comment l’idée du refus de l’oppression s’est trouvé ancré dans une disposition juridique concrète pour la protéger et assurer sa mise en œuvre.
2 comment le système juif fonctionne en mettant en place un système juridique, qui n’est jamais sec, mais toujours vivant, plein d’amour des humains, au service de la justice.

Bien sûr, ceci n’est pas toujours le cas, comme tout système humain, il a ses problèmes et ses abus, ses dérives.
C’est une aspiration et une tentative à laquelle nous ne renonçons pas.
Nous voulons encore étudier ces principes et apprendre à les mettre en œuvre. Vous comprenez sans doute mieux, je l’espère, les raisons pour lesquelles je ne peux pas être présente physiquement parmi vous malgré mon soutien aux entreprises qui refusent l’oppression (note: ce texte a été écrit pour une association qui m’invitait à un colloque un chabbat).

Pour conclure sur le chabbat, vous constatez que, heureusement, le gender féminin n’est pas exclu de l’interdiction de travailler et de faire travailler qui revient à l’autorisation de se ressourcer tous ensemble, hommes, femmes, « maîtres » et « esclaves ». Le chabbat est le temps de la création du lien social et les femmes y participent au même titre que les hommes, de même qu’elles ont reçu la torah et pris part à l’établissement de l’alliance avec eux au mont sinai.

Le mot oppression est certainement un mot fondamental du titre. Nous venons de voir que pour le judaïsme, tout nos efforts doivent se porter contre l’abolition d’une oppression qui a tendance à s’installer dans les relations humaines. Il ne suffit pas de refuser de faire à notre prochain ce que nous contestons nous-mêmes, il faut étudier et mettre en place un cadre qui soutienne cette belle intention.

Et faire encore un pas en avant en cherchant ce qui peut nous mener au bonheur d’être ensemble…

(Un prochain article reprendra la suite de mon intervention en se concentrant sur la situation des femmes.)

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