Nous ne sommes pas des victimes, nous sommes des militants !

Vendredi dernier, nous étions plus de 60 à la synagogue pour un dîner interconvictionnel qui nous a permis de créer des liens directs avec des femmes, des hommes et des enfants de toutes traditions religieuses et philosophiques.

Ce vendredi en revenant de la synagogue, nous avons entendu les sirènes de la police et des ambulances.Nous sommes tristes et choqués que l’imbécilité humaine ait pu faire autant de victimes, à notre porte. Nous sommes en deuil national.

Ces deux événements illustrent une réalité que nous connaissons tous : En tant qu’êtres humains, nous sommes capables du pire et du meilleur.

Comment nourrir notre capacité au meilleur ? Comment endiguer et désamorcer le risque du pire ?

A court terme, la destruction est toujours vainqueur. Il est facile d’attaquer lâchement et par surprise. Aucune gloire à cela. Il est criminel de faire le jeu des terroristes. Continuons à ignorer le nom de ces pseudos combattants. Appliquons l’injonction d’ « effacer le nom d’Amalec ».

A long terme, la relation et l’éducation sont toujours vainqueurs. Depuis 3000 ans, notre peuple a eu l’occasion de le prouver. Nous étions minian, ce matin, à la synagogue. Nous avons fait un office écourté par respect pour les forces de l’État qui le demandait. Appliquons l’injonction de rester « tissés dans le réseau de la vie », actifs, prenant soin de nous, de notre prochain, de l’étranger, restons vraiment vivants.

Notre office de ce matin réaffirmait les valeurs pour lesquels nous militons personnellement depuis des années : L’égalité entre les hommes et les femmes, le lien indissociable entre la tradition et la modernité, le lien entre la prière/le spirituel et l’action dans la cité, la suprématie de l’éducation, de la vision à long terme, et de la paix.

Ne laissons pas la peur faire événement. Le vrai héroïsme seul mérite le devant de la scène.

L’héroïsme est une bataille quotidienne, un travail d’éducation et de non-violence, à mener patiemment en notre for intérieur et dans nos relations avec les autres.

L’héroïsme est celui de ces Justes que la LICRA célébrera le dimanche 22 novembre, c’est le tweet « portes ouvertes », c’est les centaines de personnes qui sont allées donner spontanément leur sang, c’est la mise en avant de la culture avec la ‘Journée de la Culture, du Livre juif et du Shalom’ prévus pour dimanche prochain au MJLF, c’est le téléphone que nous décrochons pour soutenir nos proches et pour renforcer les liens, c’est le téléphone que nous raccrochons, pour recréer une atmosphère d’intimité dans nos foyers, c’est notre détermination à défendre notre identité française en tant que garante des libertés fondamentales.

Jean Jullien, "Peace for Paris"Aujourd’hui, nous sommes tous unis dans ce combat, en une grande « armée de paix », « tséva chalom ouménouHa ».

Nous continuerons à donner du sens à notre vie en nous battant pour la paix intérieure, la fierté de notre identité de juifs et de français, notre âme de défenseurs et de défenseuses de la liberté et de la République.

Certains nous prennent pour cible pour ce que nous représentons.

Personne n’a le pouvoir de nous transformer en victimes car nous sommes avant tout des militants solidaires.

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Ce samedi, j’ai conclu ces quelques mots par les deux phrases suivantes:
« Je suis fière de faire partie de cette action qui est la nôtre.
Merci pour cette collaboration qui donne du sens à ma vie. »
En effet, il me tient à coeur de m’appuyer sur le présent et sur le sentiment de collaboration, cela m’aide a faire face.
Ces deux phrases étant d’une nature un peu différente, je les mets maintenant en retrait. …

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Pour approfondir la question du danger du positionnement victimaire: Une émission de Boris Cyrulnik sur France Inter à écouter ici

A propos de « ZaHor » et d’effacer le nom d’Amalek, un article ici

A propos d’être « tissés dans le réseau de la vie » , il s’agit d’une expression utilisée entre autres dans la prière « el malé raHamim » récitée lors de l’enterrement et du Yzkor pendant les fêtes. On y formule le vœu que « son âme soit tissée dans le réseau de la vie », reste une référence de vie pour les proches.

Le premier sens de Hanouka: la fête de la lumière universelle

En ce jour de Roch Hodech Kislev, voici un petit article sur Hanouka sorti de mes tiroirs et toujours d’actualité… חודש טוב לכלם

Hanouka, entre toutes les fêtes, illustre l’attachement du peuple juif à sa tradition, une tradition de vie, porteuse de vie, adaptée à nos vies.

Absente de la Bible, à peine évoquée dans la michna, Hanouka nous apparaît pour la première fois dans le Talmud. Une braïta (source tanaïtique), citée dans le traité chabat du Talmud babylonien (21b) présente le lien entre la célébration et l’allumage de bougies.

Hanouka est, selon le talmud lui-même, originé dans un phénomène naturel impressionnant : le raccourcissement des jours. Il est essentiel de se mettre dans la peau des générations précédentes. L’amoindrissement de la luminosité et du temps d’exposition au soleil nous influence tous, parfois de façon imperceptible ou subliminale. Il nous est facile aujourd’hui, pour peu que nous en prenions conscience, d’allumer une lampe ou une bougie. La situation était toute autre dans le passé. L’absence de l’électricité rendait l’éclairage très difficile, très fragile et très peu confortable. La lumière vacillante des bougies elle-même constituait un luxe. Le Talmud va jusqu’à poser la question du choix à opérer si on ne dispose pas de l’argent nécessaire pour se procurer à la fois les bougies de Hanouka et le vin du kidouch du chabat !

Lorsque petit à petit, dans notre univers physique, dans notre univers familial, dans notre univers personnel, la lumière diminue, il est important d’en prendre conscience. C’est le premier message de Hanouka.

Cette prise de conscience, pourtant, peut faire peur. Le talmud fait remonter cette première angoisse à Adam Harichon, le premier humain. Voyant les jours raccourcir, torturé de culpabilité face à la faute qui l’avait chassé du jardin d’Eden, Adam vit sa fin venir. Il s’imagina disparaître dans l’obscurité, poursuivi par la faute de la consommation du fruit de l’arbre de la connaissance. Il entreprit alors, nous dit le Talmud, de jeûner et de prier. Quand vint l’époque du mois de tévèt, il observa le rallongement des jours, il se dit qu’il s’agissait du fonctionnement normal du monde, et se consacré à huit jours de fête (avoda zara 8a). C’est avec la renaissance des jours qu’Adam pu reprendre sa vie. C’est ainsi que naquit la fête. La première origine de la fête serait liée à la nature, et à son influence sur nos sentiments et comportement.

Allumer les lumières de Hanouka permet de nous situer en harmonie avec la nature, sans nous laisser dominer par elle, de ne pas laisser nos jours se raccourcir et notre univers se réduire comme une peau de chagrin.

Au contraire, connaître la nature nous permet d’anticiper son cours et de nous prémunir de ses atteintes, de nous nourrir de ses offrandes. Dans ce premier sens, Hanouka est une fête universelle, c’est la fête des lumières, accompagnée par les guirlandes laïques et chrétiennes qui accompagnent elles-aussi l’obscurité de l’hiver….

Hanouka a également un sens spécifique à l’identité juive, nous l’évoquerons dans les prochains jours.

Les enfants Israéliens de toutes religions veulent faire entendre leur voix!

Communication non violente et écoute de l'autre pour la pais à JérusalemL’association Kids4Peace est un mouvement de jeunesse interreligieux en Israël.
Ils ouvrent la voie du courage, et nous redonnent espoir…
Ils se réunissent depuis 13 ans et mettent en place un programme de formation à la paix et à la non-violence sur 6 ans pour des jeunes israéliens juifs, chrétiens et musulmans et pour des jeunes palestiniens de Jérusalem-est, chrétiens et musulmans.
En ces temps très douloureux, voici le message qu’ils ont publié sur leur Blog traduit en français par mes soins.
Que ce message nous incite au courage et à la promotion de la paix partout où nous en avons le pouvoir, famille, amis, parents, enfants, communautés, et communauté nationale!

Élever nos voix, un message de Kids4peace 

Dans les temps tourmentés, il est parfois difficile de trouver les mots justes.

Nous pleurons. Nous prions. Nous ne savons pas quoi dire ni quoi faire. La violence qui se répand sur Jérusalem a emplit les rues de souffrance et de peur. Cela pourrait nous laisser paralysés et sans voix.

En tant que communauté de Palestiniens et d’Israéliens, réunis à des amis du monde entier, nous ressentons la peine des deux côtés comme peu de gens la perçoivent.

Nous avons appris à avoir confiance et à nous respecter mutuellement. Nous nous raccrochons à notre humanité commune, notre espoir de paix, notre refus de la violence, et notre engagement indestructible à voir le sacré, l’image de Dieu, dans chaque être humain, même s’il est notre ennemi.

C’est une bénédiction et un poids.

Nous ne pouvons pas répéter les slogans simplificateurs de notre propre camp. Nous ne pouvons pas démoniser l’autre. Nous savons que la violence ne peut qu’amener davantage de souffrance et de douleur.

Mais nous savons également que la violence que nous voyons maintenant, appartient à une réalité plus vaste de désespoir et de découragement. Le manque de sécurité, d’égalité et de justice de tout le peuple de Jérusalem nourrit la haine, incite à l’extrémisme et nous éloigne de la paix à laquelle nous aspirons. Et, plus douloureux que tout, nous voyons des enfants, des enfants qui ressemblent à nos jeunes, prisonniers de ce cycle de la souffrance.

Nous sommes en colère, nous avons peur, mais nous ne nous laisserons pas submerger par la spirale des accusations et des représailles.

Nous devons proposer une alternative.

Face à tant de peur, alors que même sortir de nos maisons devient une question de vie ou de mort, nous nous sentons appelés à prendre la direction des événements et à construire notre futur. Le futur commence maintenant, alors que nous nous réunissons, pour parler, pour pleurer, pour prier, pour écouter et pour nous connecter profondément et honnêtement la vie des autres

Pour comprendre comment le confit détruit les familles Palestiniennes et Israéliennes. Pour ressentir les craintes et les luttes qui sont à la racine de notre douleur. Pour faire face au mal qui est commis dans notre propre camp, pas dans le camp des autres.

Pour prendre la responsabilité de notre avenir.

Première étape, nous allons nous parler.

1 – Dans les prochains jours, Kids4Peace l’équipe et les parents vont se rencontrer, en personne et virtuellement, pour se reconnecter à nos sœurs et nos frères au-delà des lignes tracées par le conflit. Ce sera dur mais nous sommes prêts.

2 – La semaine prochaine, quoi qu’il arrive, nous allons mettre en place notre programme d’automne comme nous l’avons planifié. Plus de 120 jeunes faiseurs de paix ont prévu de se rencontrer pour parler, apprendre et agir. Si cela est possible d’un point de vue sécuritaire, nous le ferons en personne. Sinon, nous nous rencontrerons en ligne, sur Facebook, dans des maisons, et partout où cela sera possible.

Rien ne sera annulé. Rien de sera détruit.

Nous allons trouver ensemble un chemin pour avancer.

Deuxième étape, nous allons porter notre message à la communauté – élever nos voix avec force et puissance pour défendre le changement.

Ensuite, nous allons rejoindre nos partenaires, dans d’autres organisations de la paix, pour élever nos voix et mobiliser dans une campagne pour un changement réel.

Alors que nous aspirons à rompre ce cycle de la violence, nous ne pouvons pas non plus revenir au statu quo. La division, le désespoir, la haine, la peur et l’injustice, cela ne peut pas être notre futur.

Nos jeunes adultes prendront la direction des événements, à travers le Dialogue pour une initiative d’action, notre dernier effort pour mettre nos valeurs en pratique à travers un changement social non violent.

Nous allons tous travailler, nuits et jours, cœur et âme, dans une campagne intense pour influencer nos pairs et nos leaders politiques et pour promouvoir une vision du futur qui reflète nos valeurs en tant que chrétiens, juifs et musulmans, et en tant que personnes de bonne volonté venant de tous les horizons, à Jérusalem et dans le monde.

Nous allons développer à nouveau nos programme éducatifs, faire acquérir à nos jeunes des capacités de plaider, d’organiser un changement non violent ainsi que des qualités d’écoute bienveillante et de dialogue.

Nous allons augmenter notre engagement pour connaitre, dans tous les détails, la réalité de l’autre côté, et pour prendre au sérieux notre responsabilité vis-à-vis de l’autre.

Nous allons élever nos voix.

Un par un et tous ensembles, pour donner vie à un mouvement de changement.

Et nous allons avoir besoin de l’aide de tous pour avancer, pour travailler, pour prier et pour donner, d’une façon plus audacieuse que jamais auparavant.

Voir le site de Kids4Peace sur ce lien

3 citations universelles fondatrices de la dignité humaine (judaïsme, femmes, oppression partie 1)

(écrit en septembre 2010, pour l’association « Terre des femmes » sur la question de la relation entre les religions et l’oppression des femmes, partie I: l’oppression dans les sources universelles)

La question de l’oppression est une question à laquelle nous sommes toutes et tous sensibles. Les relations de pouvoir s’installent trop souvent dans les relations humaines.

Nos pensées occidentales sont globalement d’accord pour rejeter l’oppression, défendre le droit de chacun à l’autonomie, c’est-à-dire à dicter lui-même sa propre norme, dans le cadre, toutefois, du contrat social.

Ainsi, la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, qui aurait également du être celle de la femme et de la citoyenne, prévoit que :

Art. 6. – La Loi est l’expression de la volonté générale. Tous les Citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs Représentants, à sa formation. Elle doit être la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse. Tous les Citoyens étant égaux à ses yeux sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents.

Pourtant le suffrage universel masculin n’est véritablement installé en France par exemple qu’en 1848. Auparavant, le suffrage est censitaire, le droit de vote dépend du pouvoir financier du citoyen. Le suffrage universel réel (incluant les femmes) ne sera adopté qu’en 1944.

La loi est l’outil de la justice, et avec la pensée des lumières, la garante des droits subjectifs, des droits individuels, tels le droit de vote, le droit de penser librement et celui d’exprimer ses pensées, le droit à la propriété, le droit à la sécurité de sa personne, à la libre circulation etc…

Avant le mouvement des lumières, la notion d’oppression était perçue de façon différente, personne ne s’élevait contre la division du corps social entre le clergé, la noblesse et le tiers état. L’inégalité semblait normale. L’exploitation des « serfs » et leur rang inférieur n’étaient pas considérées comme des oppressions, le terme lui-même n’existait pas. Lorsque la France prend pour devise :

« liberté, égalité, fraternité »

 

 

 

, elle met en avant des valeurs tout à fait novatrices comparées à celles du moyen-âge.

Je ne suis pas une spécialiste en histoire des idées, loin de là, mais il est important de resituer les concepts dans leur contexte.

Nous allons maintenant nous pencher sur la tradition juive elle-même.

Le judaïsme est un univers, un mode de vie, un mode de pensée davantage qu’il n’est une religion.
Pour comprendre la façon dont le judaïsme considère les femmes, il faudrait d’abord connaître sa façon globale de fonctionner.

L’idée centrale du judaïsme est l’idée d’alliance.
Une alliance est un contrat passé entre deux contractants.
Le passage d’un contrat présuppose la capacité des signataires, leur responsabilité, leur compréhension du sens de leur engagement. Le contrat nécessite d’une part la liberté et d’autre part l’intelligence.
La Torah, l’enseignement écrit, la première partie du TanaH, qu’on appelle en français le pentateuque, et dont la traduction en français a donné dans le monde chrétien l’ancien testament, présente les relations entre l’humanité et le personnage divin de la Torah comme une alliance : celle entre Noé et le Créateur.

« Et moi, je veux établir mon alliance avec vous et avec la postérité qui vous suivra » (Génèse 9:9)

 

 

Il est clair dans ce contexte que la liberté et l’intelligence sont des vertus accordées à l’humanité (il reste encore un long chemin avant que nous puissions prétendre avoir accompli ce potentiel prometteur mais souvent oublié…).
On notera au passage que ces qualités ne sont pas, d’après la tradition juive, le propre du peuple juif. L’idée est celle d’une responsabilité globale de l’humanité face à la planète et à son utilisation comme base d’une société éthique. Nous fêterons dans quelques jours la fête de Roch hachana, qui célèbre l’anniversaire de la création du monde et de la création de l’homme et qui en tant que telle est un appel à la responsabilité humaine, un jour de jugement ou chacun doit faire le bilan de ses actes en tant qu’humain (théoriquement, juifs et non juifs) et en tant que groupe humain.

(Un prochain article reprendra la suite de mon intervention en se concentrant sur le judaïsme et la lutte contre l’oppression.)

Le sens de la vie!

L’association Cordoba a demandé à trois femmes de venir parler du sens de la vie.

Pour info, je tiens à préciser que la conférence s’est déroulée dans une annexe de la Mairie de Saint Mandé et non pas sous les palmiers comme le décor semble le suggérer…

C’est toute la différence entre la scène et l’envers du décor…

Comme le disait le poète, « nos vies ne sont qu’un bout d’essai, pour qui? pour quoi? Dieu seul le sait. Toi qui connais la fin du film, dis Marilyn, est-ce un baiser? »

L’antichoa

La Choa/ L’anti-Choa…
Discours prononcé au square Edouard Vaillant en ce jour de Yom Hashoa à l’occasion de la lecture des noms des 133 enfants d’âge pré-scolaire du XX, déportés.

Pour Surmelin

Yom Hashoa. Le jour de l’extermination.

Aujourd’hui, ce 15 avril 2015, ce 26 nissan 5775, nous sommes ici, nous sommes vivants, nous sommes ensemble, nous sommes debout face au passé.
Je suis ici en tant que française, au premier plan de cette extermination des enfants français, perpétrée par un gouvernement français, commémorée dans ce square du XXe arrondissement.
Je suis ici en tant que juive, en tant que Rabbin, qui tente d’accueillir les blessures des rescapés, des enfants de rescapés, et notre blessure dans notre besoin de sécurité, notre terrible perte en termes d’identité, en tant que personne qui essaye d’aider à réparer un peu le vide identitaire.
Je suis ici en tant qu’humaine qui s’interroge : Que peut-être l’humanité après la choa ? Que reste-t-il de nous ? Ce poids du passé nous attire vers la terre, nous attire vers le gouffre. Il continuera à nous attirer jusqu’à ce…

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Vive la France, vive la liberté identitaire, vive la liberté d’expression

Chabbat Chémot – 18 tevet 5775 – 9 janvier 2014

Mes dernières paroles seront : « chéma israel adonai élohénou adonai éHad »

Si autre chose sortait de ma bouche, j’aimerais que vous entendiez quand même ces mots : « chéma israel adonai élohénou adonai éHad ».

Ils signifient que je peux mourir, mais que ma foi en l’humanité ne le peut pas.

Je tiens à le dire publiquement aujourd’hui, car aujourd’hui, nous voyons ce qui se passe autour de nous et nous savons que nous pouvons mourir de façon imprévue.

Nous savons aussi que cela ne se produira sans doute pas.

Mais nous savons aussi que même si cela ne se produit pas, notre conscience du danger a un impact sur nous.

Nous voulons que cet impact soit un impact positif, qui nous rende plus sage à chaque instant et plus aptes à profiter de la vie et à agir en conformité avec nos croyances.

Le juif bien aimé d’un roi, forcé de le condamner à mort, eut la « chance » de pouvoir choisir sa mort. Il a choisi : Il voulait mourir de vieillesse.

Georges Brassens dans sa chanson « mourir pour des idées » fait le même choix : il faut défendre ses idées en vivant, s’il faut mourir, ce sera « de mort lente ».

J’espère que nous mourrons tous de vieillesse dans très longtemps.

En attendant, nous sommes vivants, comme le dit la bénédiction qui introduit la lecture de la torah : vous qui vous liez profondément à vos valeurs, à l’amour du prochain et à la justice, « vous êtes tous vivants aujourd’hui », Haïm koulHem hayom.

Nous sommes vivants, et nous partageons ce moment du chabbat, cet îlot de paix que rien ne peut atteindre.

La paix et la joie, l’amour du prochain sont nos moteurs.

Le chabbat est le moment du retour à la paix, à la joie, et à l’amour du prochain.

Bien sûr, nous avons les yeux ouverts sur le monde, nous savons que tout ceci est une utopie.

Mais cette utopie parfois se réalise, en certains moments, et nous sommes là ce soir.

Ce qui arrive en ce moment n’est pas exceptionnel.

Au vu de l’histoire en général, ce n’est que très normal.

Au regard de l’histoire juive, il n’y a aucune surprise.

De tous temps, la dignité humaine est bafouée, « toujours debout le héros attire la foudre », comme le disait Gilles Vigneault.

De tous temps et dans toutes les civilisations, il y a des héros de l’histoire, qui tiennent haut la bannière de la liberté identitaire.

Sur la bannière de l’identité humaine figurent tous les êtres humains.

Les croyants et les laïcs, les pratiquants et les athées, ceux qui ont une large vision du bien commun, et ceux dont la vision est plus étroite, les gens forts, les gens perdus, les gens tristes, les gens heureux, les gens fédérés et les gens solitaires.

Nous sommes tous sur la bannière de la dignité humaine. Nous devons tous la tenir haut.

La dignité humaine est le symbole de la royauté divine. Ou le contraire peut-être, la royauté divine est le symbole de la dignité humaine. Prenez-le comme vous voudrez.

Le sacré, c’est l’humain, c’est les individus, c’est nous et notre capacité de faire advenir un mieux.

Que sommes-nous ? Qu’est-ce que notre vie notre sagesse, notre force ? Devant l’histoire, devant notre responsabilité, les plus sages ne sont-ils pas comme le néant, les savants comme sans intelligence ?

Mais nous sommes tes enfants, les enfants de ton alliance, nous sommes alliés au « divin » quel qu’il soit, dans la défense de la dignité humaine. Voilà ce que nous disons tous les jours dans la prière du matin et aujourd’hui plus que jamais. Car nous sommes alliés à nos frères et à nos sœurs humains, dont le corps est sacré, dont le corps physique représente l’image de dieu, car nous considérons que la vie humaine dans sa vulnérabilité, dans sa matérialité, notre corps a été créé à l’image de dieu, porter atteinte au corps, c’est le blasphème ultime, un coup fatal à l’image du créateur.

Nous sommes les enfants de l’alliance. Nous sommes impuissants et vulnérables, mais ensemble, nous sommes puissants et invincibles.

L’histoire a prouvé qu’on pouvait tuer les juifs, tuer beaucoup de juifs, mais qu’on ne pouvait pas tuer nos idéaux.

Et cela est valable pour toute personne, pour tout héros de l’histoire, et pour toute héroïne, de l’histoire juive et de l’histoire universelle, pour tous les personnages qui nous inspirent et dont nous transmettons la mémoire aux générations futures.

C’est cela que nous raconte l’histoire de rabbi Akiva.

Alors qu’il était supplicié par les romains, sa peau arrachée à l’aide de peignes, il s’approchait de sa fin. Mais le soir tombait, il était temps de dire le chéma. Il prononça alors la première phrase du chéma : chéma israel adonai élohénou adonai éHad, écoute Israël l’eternel est notre dieu l’eternel est un.

L’histoire pourrait s’arrêter là. La morale serait : soyez héroïques comme Rabbi Akiva et respectez les commandements.

Mais l’histoire continue.

Car les élèves de rabbi Akiva s’insurgent. Ils l’interpellent. Comment ! Il faut aller jusque là ?! Il faut dire le chéma israel sous la torture !? Ce serait inhumain d’exiger une chose pareille !

Rabbi Akiva leur répond. Il ne dit pas que c’est obligatoire, il dit que telle est sa volonté. Pendant des années il a répété matin et soir, répété que sa dignité d’être humain était plus forte que toutes les atteintes, répété qu’il ne trahirait pas ses valeurs, même au péril de sa vie. Mais il ne savait pas si c’était vrai.

Comment savoir si nous serons à la hauteur à nos derniers moments ?

Alors pour rabbi akiva, ces derniers moments sont venus, et il était capable de prononcer ces mots puissants, plus puissants que toutes les armées romaines.

C’est cela qu’il répond à ses élèves.

Une voix descend du ciel et annonce : rabbi Akiva a accédé à la vie éternelle.

Car aujourd’hui encore il est notre exemple et notre référence, au même titre que tous les héros de l’histoire.

Rabbi est tombé.

Mais quand un ami tombe, un ami sort de l’ombre à sa place.

Comme le dit le chant des partisans : rabbi si tu tombes un rabbi sort de l’ombre à ta place.

Seuls, nous sommes impuissants et vulnérables, mais ensembles, nous sommes puissants et invincibles.

Alors soyons ensemble, avec nos frères et sœurs proches et éloignés, avec nos alliés de ce temps et ceux des temps passés, et comme au Sinaï, convoquons avec nous les générations futures.

Que les générations futures, la pensée de notre responsabilité vis-à-vis de l’avenir nous protège des erreurs, du repli, de céder à la peur.

J’ai parfois peur et parfois je suis juste insensible à la peur comme anesthésiée.

Je sais que je vais mourir un jour, et j’espère que ce sera dans longtemps.

J’ai un très fort sentiment du privilège qui est le nôtre, d’être porteuse de valeurs qui me sont chères.

Si je devais mourir misérablement, alors considérez plutôt que mes derniers mots seront chéma israel adonai élohénou adonai éHad, écoute israel la vérité sacré de la dignité humaine est unique dans le temps et l’espace.

Seuls, nous sommes faibles et vulnérables, mais ensemble, nous sommes puissants et invincibles. Soyons ensemble.

Allumons la poudre qui enflammera l’identité citoyenne, car les militants de l’identité humaine peuvent se multiplier bien plus vite que les exactions terroristes.

Voilà mon testament : « chéma israel adonai élohénou adonai éHad »

Il n’y a qu’un seul dieu, celui qui exige que chaque être humain puisse VIVRE pour ses idées, celui qui nous demande d’être bons avec nous-mêmes et avec notre prochain, c’est le même pour tous les défenseurs de la liberté.

Vive la France, vive la liberté d’identité, vive la liberté d’expression.

Rabbin Floriane Chinsky

Vigilance – Mélanges « judéo-chrétiens »

Bonjour à tous,

Voici deux articles que j’ai remaniés sur Wikipédia.

Leur contenu reflétait l’attaque que nous subissons au quotidien dans notre identité.

Nous devons nous rappeler qu’à côté de ces attaques, nous sommes le plus souvent respectés et admirés dans notre particularisme, j’ai pris soin de le rappeler en faisant une juste référence aux amitiés judéo-chrétiennes dans les deux articles.

La vigilance sur ces questions est notre responsabilité à tous, je vous invite donc à vous informer et/ou à compléter mes modifications.

I – Juifs Messianiques? Chrétiens voulant convertir les juifs hésitants!

La notion de « juifs messianiques/ Juif pour Jésus » était totalement partisane, je vous invite donc à vous informer sur la question en lisant mes corrections sur Wikipédia et surtout pour ceux qui le peuvent l’article objectif sur wikipedia en anglais.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Juda%C3%AFsme_messianique

http://en.wikipedia.org/wiki/Jews_for_Jesus

 

II – Judéo-Chrétien? Trop souvent ce que le christianisme ou la laïcité croit du judaïsme

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jud%C3%A9o-chr%C3%A9tien

 

Bien amical chalom à toutes et à tous.

Toujours prêts pour une année renouvelée aux côtés de Freud, Durkheim et Marx

Est-il bien raisonnable de marquer les temps ?
Quelle différence entre le jour d’aujourd’hui et le jour d’hier ?
Comme le dit le magnifique texte de l’ecclésiaste, que nous lirons chabbat prochain,
« Le soleil se lève, le soleil se couche il se hâte vers son point de départ, où il se lèvera encore, … tous les fleuves vont à la mer et la mer n’en est pas remplie. »

Ainsi vont nos vies.
Chaque année nous entraine dans son cours, nous agissons un peu, essayons d’infléchir leur mouvement, mais très vite le courant reprend le dessus, nous nous retrouvons dans la routine, nous enseignons sans même le savoir les bonnes et les mauvaises choses qui nous ont été données dans notre enfance, l’inconscient reprend ses droits, le divin qui est en nous, la liberté, l’absolu, la lumière s’éteignent.
Ainsi passent nos vies, comme le dit le psaume 90 :
« Ainsi, tous nos jours disparaissent, nous voyons fuir les années comme un souffle. La durée de notre vie est de 70, et à la rigueur, de 80 ans, et tout leur éclat n’est que peine et misère. Car bien vite le fil en est coupé, et nous nous envolons. »

Freud nous l’a enseigné, le subconscient s’invite en chef de file, et réussit nos actes manqués.
Durkheim nous l’a enseigné, la réalité sociale nous détermine.
Cette conscience est insupportable.
Nous ne serions que les jouets de forces supérieures ?
L’esprit humain, souvent, refuse de comprendre les vérités qu’il ne peut ou ne veut accepter.
Comment Freud et Durkheim ont-ils pu faire face à ce triste et déprimant constat ? Lui faire face au point de l’inventer ?

Ce n’est peut-être pas si surprenant.
Car à côté d’une nature qui s’impose à nous, existe une force de volonté et de conscience qui nous permet de reconquérir notre liberté.
Les idoles – les dieux – sont un piège, mais ce que nous nommons « notre dieu » est un espoir transcendant qui peut nous porter.

Kipour vient, nous emmène vers un nouveau départ, un renouveau des liens entre nous, des bonnes résolutions vis-à-vis de nous-mêmes, de nos proches, de nos communautés et de nos engagements politiques ou sociaux.
A côté de la « nature » existe ce que le kidouch nomme à chaque chabbat « amour et volonté » ahava vératson.
L’amour – ahava – fait « revivre les morts », nous tire du fil de l’eau, nous apprend à nager dans le courant.
La volonté – ratson – nous enseigne à voir loin, à prendre le temps de voir et de décider où nos forces seront investies pour nous emmener loin.
On peut reconnaitre la force du subconscient et de la société, parce qu’on connait également la force de l’amour et de la volonté, appliqués au jour le jour, et d’année en année, de génération en génération et de siècle en siècle.

Freud et Durkheim étaient loin de porter leur judaïsme comme un étendard.
Mais ils étaient les héritiers de générations et de générations de défenseurs d’une force supérieure, inspiratrice d’amour, de volonté et de liberté.
Ces valeurs n’ont peut-être pas été transmises au nom du judaïsme, et peut-être pas de manière consciente.
Mais nous le savons, l’inconscient de Schlomo Freud était juif, l’influence subie par David Durkheim était juive,
ils savaient que le bien n’arrive pas sans lutte avec nous-même, comme jacob luttant avec l’ange devenant israel,
ils savaient que le bien n’arrive pas sans une analyse et une connaissance des forces sociales en jeu, comme Moïse sortant les hébreux d’Egypte, ils sentaient qu’il faut faire advenir le miracle de la liberté.
Avec votre permission, j’ajouterais que cet enseignement rejoint celui de Marx, non pas à propos de sa théorie de la lutte des classes, mais bien pour celle du matérialisme historique, comme Marx l’a enseigné au monde, le monde nous change, et c’est à nous de le changer pour qu’il nous change en bien.
Comment faire cela ? Comment reprendre nos vies en main ?
Pénélope tissait le jour et détissait la nuit.
Nous avons tissé pendant toute cette année, de bons et de mauvais motifs, avec de bons et de mauvais outils.
Aujourd’hui, nous détissons les mauvais motifs, nous réparons les mauvais outils.

Pour cela, la téchouva, la téfila, la tsédaka nous accompagnent.
Aujourd’hui, je veux penser à mes parents et à mes grands-parents, à leur enseignement, à ce que j’ai su apprendre d’eux et aux enseignements que je n’ai pas encore su apprendre mais qui me sont ouverts en ce jour solennel.

Mais je veux aussi compter des juifs de ce passé récent parmi mes inspirateurs, aux côtés des sages des temps anciens.
Je veux compter Freud, pour la téchouva, le retour sur soi, la reconstruction de nous-mêmes, la mobilisation de nos pulsions de base au service de nos idéaux élevés, Freud, pour nous aider à comprendre les motifs parfois simple et brutaux que les freudiens français appellent le ça, Freud, pour faire bon usage de notre vision idéale de nous-mêmes qu’ils nomment surmoi.
Chlomo Freud, du mot chalom, pour une paix intérieure dans les plus hauts critères de l’harmonie et de la moralité. Téchouva, étude de soi et travail intérieur.
Je veux compter David Durkheim comme inspirateur pour la téfila, cette analyse rationnelle de soi-même et du monde, ce rappel à nos valeurs, cette prière-évaluation qui est le fait d’un individu libre, d’une raison autonome et responsable, inspirée par la recherche du bien pour autrui et de la morale.
David, le chéri et le poète, pour le texte de la téfila.
Je veux compter Karl Marx, fils de Herschel, converti par nécessité à l’âge de 6ans, pour la tsédaka, ce devoir de solidarité et de redistribution des richesses pour que chaque homme ait sa chance. Tsédaka qui se traduit avant tout par le don d’argent à ceux qui en ont besoin, à travers les synagogues ou les œuvres sociales.
Herschel, associé à la tribu de Naftali, comblé de bénédictions et capable de les partager.

Pour ceux qui aiment les coïncidences révélatrices, sachez qu’aujourd’hui, en inscrivant le nom Herschel sur internet, vous découvrirez qu’il s’agit avant tout d’un téléscope spatial, « lumière sur les mondes enfouis de l’univers »… La science « dure » rejoint ici le mysticisme…

Oui, chers amis, j’ai invité ce soir à notre office de kipour, au même titre que les sages antiques que nous invitons sous la souka, Shlomo Freud, David Durkheim et Karl ben Herschel Marx.
Je pense qu’ils doivent être comptés avec nous ce soir ; avec nous qui représentons un judaïsme ouvert à la science et à l’histoire, en quête perpétuelle de vérité, capable d’élaborer des théories et de les remettre en question, tout en restant fidèles, toujours, à la base de nos croyances.
Je veux les compter car les juifs pratiquants ici reconnaissent l’importance de tout ce qui fait le judaïsme y compris ses aspects « laïcs » ou « athées ». Je veux les compter car les juifs non pratiquants ici acceptent et respectent la sagesse et la discipline des commandements, savent que croyance est chez nous compatible avec libre pensée. Ils savent qu’ils font intégralement partie de la famille, comprennent qu’ils sont eux-aussi des vecteurs indispensables de notre « culture-tradition ».

Tous ici ce soir, nous devons être comptés et ajoutés à la chaine de la transmission.
En ce jour de Kipour, nous décidons de ce que nous transmettons. Le reste devra être arrêté par le filtre de notre volonté, le bien devra être porté par notre amour et notre volonté.
Que ferons-nous passer de l’année dernière à cette année ?
Que ferons-nous passer à nos enfants cette année, à nos enfants et à tous les jeunes de la communauté, qui sont nos enfants ?
Que ferons-nous passer à la communauté juive en générale, à toute la communauté juive de Belgique, qu’apporterons-nous au mouvement massorti ?

Au quotidien, nous faisons face aux insultes liées à notre qualité de « juif », de « trop juif », de « pas assez juif », de « sionistes », de « juifs de second ordre », de « féministes », d’ « athées », de « croyants ». Il faudra continuer à filtrer le ton insultant que certains mettent dans ces mots, et rester fiers d’être des juifs, sionistes, féministes, athées et croyants.

Il faudra laisser passer de nombreuses choses accomplies cette année, répondre oui à notre engagement puissant dans une tradition qui proclame la grandeur de sa sagesse particulière tout en respectant et magnifiant la beauté que nous attachons à l’identité humaine.
Tous les fleuves mènent à la mer.
Mais tous n’ont pas le même cheminement.
Aujourd’hui, ce sont nos vies, nos engagements, nos cheminements qui arrêtent leur cours pour se régénérer à la source de l’absolu.
Il faudra, comme Abraham, répondre « Hinéni », comme les EI crier « toujours prêts », comme les tsofim israéliens proclamer « éhéyé naHon », je serai droit.
Un jeune facile et fructueux, et un beau voyage vers l’année prochaine à chacun de vous.

Pour plus d’infos:

http://www.denistouret.fr/ideologues/Marx.html (fin de la page)

http://judaisme.sdv.fr/perso/durkheim/index.htm

http://www.psychanalyse.fr/fr/dico-psy/freud-sigmund_350.htm

Le repli sur soi est la vraie menace démographique (Parachat Vayéra 5771)

Il est très facile de savoir pourquoi nous avons raison. Il est plus difficile de comprendre ce qui pourrait motiver les choix « insensés » d’autrui. Notre prochain a-t-il besoin de notre compréhension ?

Certainement, il est toujours bien agréable d’être soutenu. Pourtant, pour certains, la sympathie d’autrui revêt une importance vitale. Pour la veuve, l’étranger, l’orphelin, et tous ceux qui sont en situation de faiblesse, être compris peut devenir une question de vie ou de mort. Cela va jusqu’à rejoindre l’injonction du Lévitique (Lev.19:16): «לא תעמד על דם רעך אני ה’ » « Ne te dresse pas sur le sang de ton prochain, car je suis l’Eternel. »

Que signifie « se dresser sur le sang de son prochain » ? C’est assister à sa mort sans lui venir en aide.

Certainement, Abraham est un exemple de respect du prochain. Il a couru au secours de Lot, et cette semaine, il va défendre Sodome et Gomorrhe contre la colère divine. Le début de notre paracha est devenu le paradigme du souci du prochain et de l’étranger.

Abraham se tient à l’entrée de sa tente, pour guetter les voyageurs et s’assurer de ne laisser personne dans le besoin. Il agit ainsi en dépit de sa grande douleur, puisqu’il est dans le moment le plus dur de sa convalescence suite à sa circoncision. Lorsqu’il aperçoit des étrangers, il se précipite à leur rencontre, et met toute sa diplomatie en œuvre pour les convaincre de s’arrêter, puis s’empresse de leur proposer de l’eau, un endroit où s’asseoir et un morceau de pain. Il promet peu, mais s’empresse de tenir beaucoup, il amènera des gâteaux, de la viande, et des laitages pour les faire patienter.

Le midrach ajoute que sa tente était ouverte aux quatre points cardinaux, de façon à pouvoir accueillir les passants d’où qu’ils viennent (source complexe, voir le site du Schechter Institute et l’explication du Rabbin Monique Süskind ICI).

Rav Yéhouda le précise en s’appuyant sur notre verset : « L’hospitalité est plus grande que l’accueil de la révélation divine » (Babli Chabbat 127a).

C’est l’expression הכנסת אורחין, haHnassat orHim, qui rend la notion d’hospitalité. De nos jours, elle fait référence au devoir d’inviter non seulement des amis, mais également des connaissances, en particulier à l’occasion du Chabbat. Le sens de ce commandement est pourtant bien plus large. En effet, les voyageurs d’Abraham ne sont même pas des connaissances. De plus, ils traversent un désert, l’une des épreuves pour lesquelles, lorsqu’on y a survécu, on doit monter à la Torah et rendre grâce d’être toujours en vie(ברכת הגומל ).

Ces deux différences se conjuguent en un seul principe : la vulnérabilité. Vulnérabilité des voyageurs qui sont en situation précaire et des hôtes qui accueillent des inconnus. Dans ces circonstances, la crainte de l’autre pourrait avoir des conséquences mortelles.

Pourtant, c’est l’amour de l’autre qui l’emporte, conjuguant par anticipation le « tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lev. 19 :18) au « vous aimerez l’étranger car vous avez été étrangers en terre d’Egypte » (Deut. 10 :19).

Inutile de souligner combien ces réflexions sont en phase avec l’actualité, tant au niveau politique que personnel. Accueillir autrui, une connaissance dans sa maison, un étranger dans son pays, un ami dans son cœur, c’est toujours une prise de risque. Ce risque « ponctuel » semble facile à éviter en se refermant.

Ce serait oublier que le repli sur soi constitue un risque structurel, il alimente toujours plus la méfiance, la solitude, et la rancune.

Aujourd’hui, les débats sur l’immigration font rage dans tous les pays démocratique.

Que faire de l’Autre, lorsque son altérité nous inquiète et que nous sommes tentés de l’éloigner en le dénommant « étranger » ? Que faire des  « étrangers »  roms, des « étrangers » wallons ou flamands, des « étrangers » travailleurs immigrés ou arabes israéliens, de ceux qui veulent devenir citoyens, que ce soit en France, aux USA ou en Israël ? Sans parler des « étrangers » opposants politiques, dans tous les pays anti-démocratiques. (Voir ICI des sources actuelles sur les serments, les immigrations, les mobilisations)

Que faire de  nos parents, conjoints, enfants, amis ou collègues qui soutiennent de idées parfois totalement étrangères à notre logique, et font parfois figure de l’ « étranger » parfait ?

Plus que jamais, il est essentiel de suivre l’avis de Rabbi Natan : « Le défaut qui est en toi ne le reporte pas sur ton prochain » (Babli baba métsia 99b).

Un autre volet de ce questionnement concerne notre position de juifs vivant en dehors d’Israël. Tout en étant fiers d’être citoyens, certaines attaquent nous donnent le sentiment d’être « étrangers ». Comment nous positionner sur cette question ? Sommes-nous capable de résister aux agressions sans nous replier ? Sommes-nous capables de saisir les mains tendues ?

Accueillis par la paroisse du Béguinage à Bruxelles, notre communauté est un exemple de victoire sur la crainte, de confiance partagée entre la volonté d’accueillir de cette paroisse et la volonté d’être accueillis de Chir Hadach.

Je renouvelle donc à l’occasion de la Parachat Vayéra mes remerciements à tous ceux qui font l’effort d’accueillir et d’être accueillis, et renforcent ainsi la logique de l’entre-aide qui est si essentielle.

Que la peur de l’autre ne triomphe jamais en nous, que, malgré la douleur et la chaleur du jour, nous ayons l’empressement d’avancer vers autrui pour l’accueillir comme Abraham.

Que nous ayons le mérite d’alimenter en nous et dans notre entourage le soutien de nos proches et de nos moins proches, en dépit des difficultés et des différences.

Que nous considérions toujours les comportements de repli, et non la personne de notre prochain, comme une menace.

Chabbat Chalom, שבת שלום