3 citations universelles fondatrices de la dignité humaine (judaïsme, femmes, oppression partie 1)

(écrit en septembre 2010, pour l’association « Terre des femmes » sur la question de la relation entre les religions et l’oppression des femmes, partie I: l’oppression dans les sources universelles)

La question de l’oppression est une question à laquelle nous sommes toutes et tous sensibles. Les relations de pouvoir s’installent trop souvent dans les relations humaines.

Nos pensées occidentales sont globalement d’accord pour rejeter l’oppression, défendre le droit de chacun à l’autonomie, c’est-à-dire à dicter lui-même sa propre norme, dans le cadre, toutefois, du contrat social.

Ainsi, la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, qui aurait également du être celle de la femme et de la citoyenne, prévoit que :

Art. 6. – La Loi est l’expression de la volonté générale. Tous les Citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs Représentants, à sa formation. Elle doit être la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse. Tous les Citoyens étant égaux à ses yeux sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents.

Pourtant le suffrage universel masculin n’est véritablement installé en France par exemple qu’en 1848. Auparavant, le suffrage est censitaire, le droit de vote dépend du pouvoir financier du citoyen. Le suffrage universel réel (incluant les femmes) ne sera adopté qu’en 1944.

La loi est l’outil de la justice, et avec la pensée des lumières, la garante des droits subjectifs, des droits individuels, tels le droit de vote, le droit de penser librement et celui d’exprimer ses pensées, le droit à la propriété, le droit à la sécurité de sa personne, à la libre circulation etc…

Avant le mouvement des lumières, la notion d’oppression était perçue de façon différente, personne ne s’élevait contre la division du corps social entre le clergé, la noblesse et le tiers état. L’inégalité semblait normale. L’exploitation des « serfs » et leur rang inférieur n’étaient pas considérées comme des oppressions, le terme lui-même n’existait pas. Lorsque la France prend pour devise :

« liberté, égalité, fraternité »

 

 

 

, elle met en avant des valeurs tout à fait novatrices comparées à celles du moyen-âge.

Je ne suis pas une spécialiste en histoire des idées, loin de là, mais il est important de resituer les concepts dans leur contexte.

Nous allons maintenant nous pencher sur la tradition juive elle-même.

Le judaïsme est un univers, un mode de vie, un mode de pensée davantage qu’il n’est une religion.
Pour comprendre la façon dont le judaïsme considère les femmes, il faudrait d’abord connaître sa façon globale de fonctionner.

L’idée centrale du judaïsme est l’idée d’alliance.
Une alliance est un contrat passé entre deux contractants.
Le passage d’un contrat présuppose la capacité des signataires, leur responsabilité, leur compréhension du sens de leur engagement. Le contrat nécessite d’une part la liberté et d’autre part l’intelligence.
La Torah, l’enseignement écrit, la première partie du TanaH, qu’on appelle en français le pentateuque, et dont la traduction en français a donné dans le monde chrétien l’ancien testament, présente les relations entre l’humanité et le personnage divin de la Torah comme une alliance : celle entre Noé et le Créateur.

« Et moi, je veux établir mon alliance avec vous et avec la postérité qui vous suivra » (Génèse 9:9)

 

 

Il est clair dans ce contexte que la liberté et l’intelligence sont des vertus accordées à l’humanité (il reste encore un long chemin avant que nous puissions prétendre avoir accompli ce potentiel prometteur mais souvent oublié…).
On notera au passage que ces qualités ne sont pas, d’après la tradition juive, le propre du peuple juif. L’idée est celle d’une responsabilité globale de l’humanité face à la planète et à son utilisation comme base d’une société éthique. Nous fêterons dans quelques jours la fête de Roch hachana, qui célèbre l’anniversaire de la création du monde et de la création de l’homme et qui en tant que telle est un appel à la responsabilité humaine, un jour de jugement ou chacun doit faire le bilan de ses actes en tant qu’humain (théoriquement, juifs et non juifs) et en tant que groupe humain.

(Un prochain article reprendra la suite de mon intervention en se concentrant sur le judaïsme et la lutte contre l’oppression.)

Ensemble dans l’alliance, féminisme et judaïsme

Judaism from a feminist perspective Judith Plaskow Standing Again at Sinaï

Dans le cadre de mon travail actuel sur la place des femmes dans la tradition juive, voici en partage un
Article écrit pour la revue « Reliures » 25, automne-hivers 2010      Telechargement – Reliures

Mon frère et moi, dressés face au Sinaï,   Il tenait un journal,
De ce qu’il en voyait,    De ce qu’il entendait,    De ce qu’il en pensait.

J’aurais aimé aussi avoir un témoignage,   De ce qui s’est passé pour moi là-bas,
Mais il me semble qu’à chaque page,   Je veux écrire et je ne peux pas.

Je tiens sans cesse un bébé,    Pour moi,   Pour une amie,
Un bébé dans les bras,    Mes mains sont occupées,   Et je ne peux pas écrire.
Peu à peu, le temps passe…
Voir la suite du poème ici: Poème de Merle Feld

Rachel Adler, à qui ce poème est dédié, est une grande auteure et penseure juive américaine. Ses publications sont centrales dans le féminisme juif, et en particulier son article, « The Jew Who Wasn’t There: Halacha and the Jewish Woman »[1], publié en 1971. Ce titre exprime un constat blessant : les femmes ont été longtemps à l’arrière-plan de la scène publique juive.

Pourquoi ?

Depuis trois millénaires, le judaïsme a traversé les lieux et les temps, se façonnant dans la confrontation aux autres sociétés. Ainsi la place des femmes dans la société juive a évolué et continue à le faire.

Remettre cette place en question, n’est pas porter ombrage à l’essence du judaïsme, mais accomplir un devoir de construction du judaïsme au présent.

De tous temps, la tradition juive s’est examinée elle-même de façon critique. La période des lumières et le développement de la science moderne ont perfectionné un outil traditionnel. Le judaïsme historico-positiviste de Zacharias Frankel[2], a développé l’idée que l’étude scientifique et critique des textes et des coutumes, loin de les désacraliser, permettait au contraire d’en extraire le génie propre. Remettre les lois et les idées dans leur contexte sociologique et historique permet de mieux les comprendre, d’y être plus fidèles. Passer la tradition juive au crible de la critique féministe est important, comme il fut important de la confronter à l’analyse talmudique (Ve siècle), à la pensée philosophique (depuis le Xe siècle), à l’étude grammairienne (XIIe siècle), à la critique historique (XIXe), à l’interprétation psychologique ou littéraire (contemporain).

L’évènement fondateur du judaïsme est la « position au Sinaï », מעמד הר סני, que Merle Feld évoque dans son poème : l’alliance. Ce concept[3] implique un partenariat avec le Créateur dans la poursuite du processus de création du monde, mettant en jeu des obligations réciproques. Le cadre socio-juridique de ces obligations est la halaHa, mentionnée par Rachel Adler dans l’article cité. Etre admis à la « citoyenneté juive » se traduit par le fait de s’intégrer au système des commandements, d’avoir des obligations.

La halaHa s’appuie sur la Torah écrite et sur la Torah orale dans ses évolutions historiques jusqu’à nos jours.

Dans le Pentateuque (Torah écrite), les femmes sont au second plan du récit, tout en étant souvent au premier plan de l’action et des interventions divines. Eve, mère de tous les vivants, Sarah, mise en danger par Abraham mais soutenue par le personnage divin[4], Myriam, Déborah ou Houlda dans l’ordre de la Prophétie, la « femme courageuse » modèle moral et économique des proverbes[5], prouvent que si le contexte biblique est indubitablement patriarcal, la Bible elle-même l’est beaucoup moins.

De même, la société Talmudique évolue dans le contexte de la misogynie hellénistique[6] et subira son influence[7]. Les femmes, réputées pouvoir lire dans la Torah selon une source du IIIème siècle[8], en seront écartées par crainte que ce féminisme anachronique ne porte atteinte au « respect de la communauté »[9]. Censées initialement porter le Tallit[10], vêtement qui représente les commandements, elles obtiendront d’abord une simple dispense[11]. Au XVIe siècle, porter le Tallit expose à être accusée d’arrogance[12]. Depuis quelques décennies, le judaïsme réhabilite le port du Tallit pour les femmes. Les tendances libérales s’appuient sur le principe de l’égalité des sexes. Les courants conservative-massorti se fondent sur l’analyse historique des sources[13]. Les mouvances orthodoxes suivent le mouvement[14]. Le féminisme n’est plus anachronique et est au contraire constitutif du « respect de la communauté ».

Ces deux exemples de la réinsertion des femmes comme acteurs de l’alliance sont hautement symboliques.

Depuis le Sinaï[15], hommes et femmes sont partenaires de l’alliance juive. Aujourd’hui, la société globale commence à s’ouvrir à la participation féminine dans la sphère publique[16].

L’enseignement écrit se comprend à travers l’enseignement oral, les grands principes éternels se traduisent par des applications temporelles. Les consonnes se lisent grâce aux voyelles, l’avenir de l’humanité se construit avec la participation des femmes.

L’alliance universelle impliquant l’humanité dans son ensemble comme les alliances particulières, juives ou non, exigent que nous les honorions ensemble.

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[1] Rachel Adler, in Davka magazine, 1971 « Le juif qui n’était pas là : la halaHa et la femme juive ».

[2] Père fondateur de l’approche « conservative » aux USA et massorti en Europe.

[3] Voir David Hartman, A Living Covenant: The Innovative Spirit in Traditional Judaism, Jewish Lights Publishing, Woodstock, Vermont, 1997.

[4] Il la met en danger (Gen. 12 :17 ; Gen. 20 :3), ou la méconsidère (Gen. 17 :15 ; Gen. 18 :9 ; Gen 21 : 12 ).

[5] Prov. 31 :10

[6] Saul Lieberman, Greek in Jewish Palestine, New York, 1951.

[7] Touvia Friedman, « De le Bible au Talmud : l’évolution du statut de la femme », in La loi juive à l’aube du XXIe siècle, dir. Rivon Krygier, Biblieurope, Paris, 1998.

[8] Tossefta Méguila 3 :11.

[9] Talmud Babylonien Méguila 23a.

[10] Nb. 15 :38-40 ; Deut. 22 :12 ; Sifri 115 ; Talmud Babylonien MenaHot 43a.

[11] Talmud Babylonien Kidouchin 29a

[12] Rama sur ChoulHan ArouH OraH Haim 17 :2.

[13] http://www.rabbinicalassembly.org/teshuvot/docs/19912000/gelfand_tzitzit.pdf.

[14] Voir les publications du JOFA: Jewish Orthodox Feminist Alliance: http://www.jofa.org/pdf/opt_Shabbat.pdf

[15] Exode 20 :14 et ibn Ezra ad locum, Deut 29 :9.

[16] En France : droit de vote des femmes : 1944 ; droit pour une femme mariée d’avoir un compte bancaire : 1965 ; égalité des époux dans les régimes matrimoniaux et l’administration des biens de famille : 1985.

Nous y étions ensemble

Ensemble au Sinaï Rachel Adler féminisme judaïsme

Par Merle Feld[1]

Adaptation Floriane Chinsky

pour Rachel Adler

Mon frère et moi, dressés face au Sinaï,
Il tenait un journal,
De ce qu’il en voyait,
De ce qu’il entendait,
De ce qu’il en pensait.

J’aurais aimé aussi avoir un témoignage,
De ce qui s’est passé pour moi là-bas,
Mais il me semble qu’à chaque page,
Je veux écrire et je ne peux pas.

Je tiens sans cesse un bébé,
Pour moi,
Pour une amie,
Un bébé dans les bras,
Mes mains sont occupées,
Et je ne peux pas écrire.
Peu à peu, le temps passe,
Les détails, exacts, précis,
« qui » « quoi » « quand » « où » « pourquoi »,
Glissent, s’effacent,
Je reste seule,
Avec un sentiment,
Sentiment, vibration fugace, son,
Voyelles faisant claquer le silence

Mon frère est si certain de ce qu’il a entendu,
Et il en a la preuve,
Consonne, après consonne, après consonne.

Si nous nous en souvenions ensemble,
Nous pourrions recréer les temps sacrés,
Etincelles flamboyantes.

[1] Merle Feld, in “A Spiritual Life, a Jewish Feminist Journey”, State University of New York, 1999, le poème a été écrit en 1984.

4 façons faciles de rendre simHat Torah exceptionnel!

Après la solennité de Roch hachana et de Kipour, il est temps de se détendre dans la paix et l’harmonie. SimHat Torah est là pour nous permettre de lâcher prise…

Voici plusieurs façons de faire de ce jour un moment particulier pour vous, vos amis et votre famille…

danses dans la synagogue 1 – Dansez les hakafot (niveau: super facile): On danse à la synagogue, avec la Torah, et chaque synagogue a son style. Plus solennel ou plus joyeux… Renseignez-vous sur la façon dont la fête est célébrée dans votre communauté. Fera-t-on passer la torah aux femmes? Pourrez-vous danser en famille? Pourrez-vous avoir réellement la Torah dans les bras ou bien sera-t-elle réservée aux plus proches fidèles? Choisissez l’ambiance qui vous convient!
Pour encore améliorer votre expérience des hakafot vous pouvez:
prendre la Torah et la donner à votre fille, danser face à la torah avec votre tout petit sur les épaules, venir entre amis et enflammer la synagogue par vos chants et vos danses (en accord avec l’ambiance spécifique du lieu, des organisateurs et du rabbin), faire du jogging les deux mois précédents pour être certains d’avoir la condition physique maximale et en profiter.

2 – Chantez les hakafot (niveau: facile): Savez-vous chanter les chants appropriés et danser en même temps? Augmentez votre expertise! Révisez les chants, en hébreu ou en translittération, en famille ou sur youtube! Pour vous aider, allez donc faire un petit tour sur ce lien. Vous pourrez télécharger des chants en translittération tout en regardant plusieurs versions sur youtube.

3 – Agitez les drapeaux de simHat Torah: Il est traditionnel d’amener des drapeaux à la synagogue pour la fête. Attention, ce n’est pas Pourim, pas besoin de les agiter comme des crécelles! C’est surtout pour les enfants, mais chacun peut également faire preuve de créativité. Pour vous inspirer, allez-donc voir tous les beaux drapeaux sur google ou sur différents liens que vous trouverez ici.

4 -Déroulez intégralement la Torah (niveau: facile): Dans certaines synagogues, on déplie totalement la torah et chacun est invité à tenir un morceau du parchemin. C’est une expérience merveilleuse
Pour bien en profiter, vous pouvez:
vérifier vos connaissances sur le sefer torah, regarder au moment où on déplie la torah les passages particuliers comme le cantique de la mer, les dix commandements, l’espace entre deux livres, etc…

Et vous, que ferez-vous pour simHat Torah? Avez-vous d’autres suggestions? N’hésitez pas à les partager en commentaires…

Article à suivre: 4 autres moyens de rendre simHat Torah exceptionnel

4 autres moyens aisés de rendre votre simHat Torah exceptionnel!

Article précédent: 4 façons faciles de rendre SimHat Torah exceptionnel

Vous avez-déjà fait du jogging pour tenir le coup pour les danses avec la Torah, repris les cours de chants pour les chants traditionnels, fait de la musculation pour pouvoir tenir le parchemin de la torah le temps qu’on le déplie intégralement et dévalisé les magasins de bricolage pour faire des drapeaux de la fête? Alors vous êtes déjà un super héro/ une super héroïne de la fête. Mais vous pouvez faire mieux!

Lecture de la torah par des femmes au kotel5- Lisez dans la Torah (niveau: expert): A SimHat Torah, dans certaines synagogues, tout le monde est appelé successivement à monter à la Torah. On relit la paracha jusqu’à ce que tout le monde ait eu cette chance. Cela peut être laborieux, donc en général, on lit dans plusieurs sefer en même-temps, et il y a besoin de nombreux lecteurs. C’est l’occasion d’apprendre une Alya et de la « rentabiliser »! Vous pourrez lire pour de nombreuses personnes. Mettez-vous d’accord avec quelques amis pour lire chacun un passage et vous relayer. Encouragez vos amies à se lancer. Ce sera une belle expérience pour vous, et pour tous ceux que vous pourrez appeler.
Pour en profiter au niveau facile, vous pouvez:
Aider chacun à lire les bénédictions de la montée à la Torah, encourager votre voisin/voisine à monter à la Torah si il/elle est timide, proposer un tallit à ceux qui montent et qui n’en ont pas.
Ou simplement, montez vous même à la Torah! Si c’est la première fois, prévenez le/la Rabbin et dites la bénédiction chéhéHéyanou.

6- Aidez les enfants à monter à la Torah (niveau facile): Les enfants sont appelés à la Torah collectivement. Bien sûr c’est vraiment adorable. A vous de voir si vos filles et nièces pourront monter à côté de leurs frères. Quoi qu’il en soit, cela vous donneLes enfants montent à la Torah sous un tallit l’occasion de passer un moment spécial. Comment? En créant la complicité en les préparant à lire les bénédictions par exemple! Vous pouvez expliquez à l’avance, ou sur place, à vos enfants, ou aux petits qui ne comprennent pas trop ce qui se passe. C’est l’occasion de relire les magnifiques bénédictions de la montée à la torah avec eux.

Pour aller plus loin, vous pouvez:
Vous assurer que vous avez un TRES grand Tallit, pour le proposer au moment où les enfants montent. Cela leur fait comme une énorme Houpa. Vous pouvez également (si vous êtes grand ou grande!) proposer de tenir l’un des 4 coins du tallit. Croyez-moi, c’est toujours un plus pour les organisateurs d’avoir quelqu’un en back up car on ne peut pas penser à tout, et cela nourrit le sentiment d’être une vraie communauté!
bonbons pour simHat torah
7- Prévoyez la cerise sur le gâteau
: participez à la distribution des bonbons. Si vous êtes dentiste en particulier, c’est une grande mitsva de distribuer cartes de visites et rendez-vous gratuits! Plus sérieusement, il est de coutume de distribuer des bonbons que vous pouvez contribuer à emballer à l’avance, distribuer sur place.
Pour l’ambiance « adulte » vous pouvez:
Certaines synagogues distribuent quelques alcools (mais pas besoin de cela pour être heureux, le bonheur de la fête suffit à nous enivrer…). Vous pouvez éventuellement amener une bouteille spare si nécessaire, uniquement avec approbation des organisateurs. En version soft, cela peut aussi être bienvenu d’amener des jus de fruit pour se désaltérer entre les danses, et quelques petites choses (cachères!) à grignoter.

bougie de Yzkor

8- Venez chanter la prière de la pluie et dire le Kadich à la mémoire de vos proches à l’office du matin: Le lendemain de simHat Torah, des offices spéciaux ont lieu. Certains finissent également la lecture de l’Ecclésiaste. On chante le Hallel. Bref, un moment à ne pas manquer. Et par la même occasion, vous aurez le mérite de renforcer le minian, ce qui compte lorsque beaucoup de personnes qui travaillent ne peuvent plus prendre de jour en semaine…

Et voilà! ça fait 8… comme les jours de de soukot, qui se prolongent avec chémini atséret.

La Torah « n’est pas dans le ciel », elle nous appartient à tous, nous en sommes les garants, nous et nos enfants.
SimHat torah est l’occasion de montrer que cette tradition qui nous a porté pendant des millénaires est encore proche de nous, en toute simplicité.
Et vous, que ferez-vous pour simHat Torah? Avez-vous d’autres suggestions? N’hésitez pas à les partager en commentaires…

Pluralisme, Israël donne l’exemple

Chers amis,

Le temps court, et entre Akadem et Radio Judaïca, le blog s’est retrouvé au second plan. Il y sera remédié bientôt j’espère. Pour aujourd’hui, je souhaite avant tout partager un article qui vient d’être publié sur ADI.

La souplesse de la tradition juive 

La tradition juive souligne l’importance de la non-centralisation de l’autorité. Ce principe est illustré par le concept de « mara déatra » : le maître du lieu, et signifie que chaque lieu développe sa pratique propre du judaïsme, au sein d’un cadre plus général qui regroupe tout le monde, le cadre de la HalaHa, la loi juive. Cette invitation à la synergie reste d’actualité.
Pourtant, un peu partout dans le monde, des autorités centrales ont été instituées pour des raisons politiques, avec le risque de limiter les possibilités d’expressions autres. Tel est le cas du Consistoire en France et en Belgique par exemple, et du Rabbinat Central en Israël. En Israël, la cour suprême a décidé mettre fin au monopole orthodoxe du Rabbinat Central, après une bataille de sept années.

Critique de la centralisation 

Trop souvent, nous héritons d’une réalité née de concours de circonstances malheureux.

Comme le remarque avec justesse le Rabbin Naama Kelmannous sommes parfois « coincés par de vieux arrangements »  comme celui qui fut mis en place en 1948, lorsque les fondateurs de l’Etat d’Israël ont confié l’organisation du Rabbinat Central aux ultra-orthodoxes. Naama Kelman, fille d’un rabbin important du mouvement conservative (massorti en Europe) a été la première femme à recevoir l’ordination rabbinique à Jérusalem. Elle est aujourd’hui à la tête du Hebrew Union College Institute, qui forme les Rabbins libéraux à Jérusalem.

Einat Ramon est pour sa part la première femme israélienne à avoir reçu l’ordination rabbinique. Elle a été la doyenne du Schechter Institute, séminaire rabbinique du mouvement massorti (conservative aux U.S.A.), à Jérusalem également. Elle plaide la cause d’un judaïsme qui corresponde réellement à la réalité sociale de l’Etat d’Israël.

Des milliers de Rabbins entretenus par l’Etat, font progresser la vision orthodoxe. Pour leur part, les juifs ouverts à la modernité (et certains orthodoxes non reconnus en Israël en font également partie), se voient forcés de financer par leurs propres moyens un rabbin qui corresponde à leur idéal spirituel, tout en contribuant contre leur gré par leurs impôts à promouvoir un judaïsme auquel ils n’adhèrent pas.


Yeshaya Dalsace est Rabbin du mouvement massorti à Paris. Il est le premier à inclure l’orthodoxie dans sa conception du pluralisme, une orthodoxie, qui n’est d’ailleurs pas monolithique. Dans son article (intéressant et clair) « Israël, moins de discrimination religieuse», il souligne combien il est fondamental de réhabiliter « la liberté religieuse et la richesse que représente le pluralisme juif ».

Le tournant 

La décision de la haute cour de justice marque un tournant. 15 rabbins non-orthodoxes pourront être rémunérés par l’Etat, aux côtés des 4000 rabbins orthodoxes qui le sont déjà. Le titre de « Rabbin » devra leur être attribué. Ces personnes pourront être aussi bien des femmes que des hommes.

Il faut noter que c’est justement une femme, Miri Gold, Rabbin du Kiboutz Gezer, connaissant le judaïsme massorti et rabbin dans le mouvement libéral, qui a mené cette longue bataille juridique.

L’article paru dans le journal Haaretz résume bien cette bataille, en conclut en citant Julie Schonfeldla femme rabbin la plus puissante du monde juive,  vice-présidente exécutive de l’Assemblée Rabbinique Conservative Internationale, qui affirme : « C’est un jour historique pour les israéliens et pour les juifs dans le monde. »

C’est donc une victoire de l’égalitarisme femme/homme autant qu’une victoire du pluralisme et de la liberté. Il faut croire que l’un ne peut aller sans l’autre.

Bien sûr, ce succès ne peut être considéré que comme un succès intermédiaire. La proportion entre les rabbins modernes et les rabbins orthodoxes reste incohérente compte tenu de la réalité sociale israélienne. Les autres avantages financiers accordés au monde orthodoxe ne sont pas compensés. Certains craignent un retour de manivelle, par le biais d’une mesure législative qui viendrait contrer la décision judiciaire.

Pourtant, partout dans le monde, le judaïsme a soif de justice et de représentativité. Des initiatives regroupant les différents courants naissent et fleurissent, comme limmud, né en Angleterre et qui essaime partout dans le monde, y compris en France ou comme l’école juive moderne à Paris.
La C.I.L.B. ainsi que I.J.C., les deux communautés libérales à Bruxelles, se réjouissent de cette avancée. Luc Kreisman, président de la synagogue « massorti » Chir Hadach, commente : « Les nominations de femmes rabbins sont la preuve que le monde juif est prêt à avancer vers le pluralisme. D’ailleurs, certains orthodoxes nomment eux aussi des femmes rabbins. »

Hommage

Pour conclure ce petit article, je voudrais me joindre à mes collègues israéliennes, qui ont dédié leur journée annuelle d’études féminines au Rabbin Massorti Monique Susskind-Goldberg (son souvenir est une bénédiction) comme vous pouvez le voir sur leur programme, exactement trois mois après qu’elle nous ait quittés.
Quel est l’héritage que nous recevrons de cette grande dame qu’a été la fille du grand Susskind ? «The power to overcome », la force de dépasser les obstacles, disent-elles. Dans son fauteuil roulant, avec sa petite voix, et avec sa grande force de volonté, elle a pu traverser le pont étroit de la vie avec éclat.
Miri Gold, elle aussi, a eu la force d’exiger la justice, et l’a obtenue.

Encore un pavé, non pas dans la marre, mais sur la route, la route d’un avenir juif qui donne sa place à chacun, cet avenir dont nous avons besoin et dont nous sommes les bâtisseurs.

Quel bel accomplissement de ces deux phrases fondamentales de notre tradition : « C’est la justice, la justice seule que tu dois rechercher, si tu veux te maintenir en possession du pays que l’Éternel, ton Dieu, te destine. » (Deut. 16 :20) et « Qui est l’homme qui souhaite la vie…. Eloigne-toi du mal et fais le bien, recherche la paix et poursuis-là. » (Ps. 34 :15). La justice, comme la paix, doivent être poursuivies, pour donner une chance à notre avenir, en europe comme en Israël.