Le premier sens de Hanouka: la fête de la lumière universelle

En ce jour de Roch Hodech Kislev, voici un petit article sur Hanouka sorti de mes tiroirs et toujours d’actualité… חודש טוב לכלם

Hanouka, entre toutes les fêtes, illustre l’attachement du peuple juif à sa tradition, une tradition de vie, porteuse de vie, adaptée à nos vies.

Absente de la Bible, à peine évoquée dans la michna, Hanouka nous apparaît pour la première fois dans le Talmud. Une braïta (source tanaïtique), citée dans le traité chabat du Talmud babylonien (21b) présente le lien entre la célébration et l’allumage de bougies.

Hanouka est, selon le talmud lui-même, originé dans un phénomène naturel impressionnant : le raccourcissement des jours. Il est essentiel de se mettre dans la peau des générations précédentes. L’amoindrissement de la luminosité et du temps d’exposition au soleil nous influence tous, parfois de façon imperceptible ou subliminale. Il nous est facile aujourd’hui, pour peu que nous en prenions conscience, d’allumer une lampe ou une bougie. La situation était toute autre dans le passé. L’absence de l’électricité rendait l’éclairage très difficile, très fragile et très peu confortable. La lumière vacillante des bougies elle-même constituait un luxe. Le Talmud va jusqu’à poser la question du choix à opérer si on ne dispose pas de l’argent nécessaire pour se procurer à la fois les bougies de Hanouka et le vin du kidouch du chabat !

Lorsque petit à petit, dans notre univers physique, dans notre univers familial, dans notre univers personnel, la lumière diminue, il est important d’en prendre conscience. C’est le premier message de Hanouka.

Cette prise de conscience, pourtant, peut faire peur. Le talmud fait remonter cette première angoisse à Adam Harichon, le premier humain. Voyant les jours raccourcir, torturé de culpabilité face à la faute qui l’avait chassé du jardin d’Eden, Adam vit sa fin venir. Il s’imagina disparaître dans l’obscurité, poursuivi par la faute de la consommation du fruit de l’arbre de la connaissance. Il entreprit alors, nous dit le Talmud, de jeûner et de prier. Quand vint l’époque du mois de tévèt, il observa le rallongement des jours, il se dit qu’il s’agissait du fonctionnement normal du monde, et se consacré à huit jours de fête (avoda zara 8a). C’est avec la renaissance des jours qu’Adam pu reprendre sa vie. C’est ainsi que naquit la fête. La première origine de la fête serait liée à la nature, et à son influence sur nos sentiments et comportement.

Allumer les lumières de Hanouka permet de nous situer en harmonie avec la nature, sans nous laisser dominer par elle, de ne pas laisser nos jours se raccourcir et notre univers se réduire comme une peau de chagrin.

Au contraire, connaître la nature nous permet d’anticiper son cours et de nous prémunir de ses atteintes, de nous nourrir de ses offrandes. Dans ce premier sens, Hanouka est une fête universelle, c’est la fête des lumières, accompagnée par les guirlandes laïques et chrétiennes qui accompagnent elles-aussi l’obscurité de l’hiver….

Hanouka a également un sens spécifique à l’identité juive, nous l’évoquerons dans les prochains jours.

5772 est-il un chiffre de bon augure pour l’année qui vient ?

Nous entrons dans l’année 5772, cette année est-elle de bon augure ?

L’Augure, dans la religion romaine est un présage à venir, de bonnes ou moins bonnes nouvelles dans le futur. C’est un message envoyé par les dieux qui doit être élucidé afin de déterminer une conduite à tenir pour satisfaire la volonté des dieux.

On voit qu’en soi, la question est déjà problématique.

Le mot présage n’a pas de sens. Dans notre tradition, nous ne cherchons pas à connaitre la volonté de Dieu par des présages, Tel est le sens de ce qui est au cœur du judaïsme : le don de la Torah. Nos décisions s’appuient sur un cadre de vie, un cadre éthique et comportemental : le cadre des commandements. Chercher notre avenir dans le vol des oiseaux ou leurs viscères n’a aucun sens pour nous.

Les signes de la nature ont un sens, ce sens est prédéfini. L’arc en ciel est un signe positif, il symbolise l’alliance entre dieu et l’humanité, et la bénédiction que l’on prononce quand on le voit va dans ce sens. « bénis sois-tu Eternel qui te souviens de l’alliance et y reste fidèle, qui vit de l’accomplissement de ses promesses » Mais le tonnerre et les éclairs qui pourraient être effrayants aussi sont des signes positifs, ils symbolisent la puissance suprême du créateur. Les mesquineries et les crimes humains restent secondaires face à cette grandeur.

Notre Dieu n’envoie pas de message au présent. Le message qu’il a transmis est clair : il s’agit de la torah écrite, torah chébiHtav, que nous lisons toutes les semaines, et de la Torah orale torah chébéal pé qui est transmise, interprétée et renouvelée de génération en génération.

Enfin, la date de l’année n’est pas un signe divin, c’est, en général, un numéro qui suit celui de l’année précédente. Aucun élément de suspense dans ce chiffre !

Bien sûr, nous aimerions entendre que cette année est prédestinée au bien. Plus nous souffrons, plus nous cherchons à être rassurés. Entre la crise économique, les grandes difficultés que subit l’Etat d’Israël, l’antisémitisme et la difficulté de la transmission du judaïsme, nous cherchons des réponses, et cela est compréhensible.

Ainsi naissent les tendance milénaristes, les fausses croyances en une venue du messie minutée, chronométrée et attendue.

Notre époque est particulièrement dure… Pour nous. Mais dans le passé, des périodes aussi dures et même plus difficiles ont eu lieu.

Déjà à l’époque de la rédaction du Talmud, les temps étaient tellement durs que l’on cherchait à deviner quand viendrait le messie. C’est le cas dans le traité Sanhédrin( 97b) qui se compose d’affirmations, suivies de remises en questions, et même de la mention de l’interdiction de faire ce genre de calculs : « que le vent emporte ceux qui calculent l’échéance » dit rabbi Chmouel ben NaHmani au nom de rabbi Yonatan : lorsqu’arrive le jour déterminé par leurs calculs et que le messie n’est pas là, ils prétendent qu’il ne viendra pas ».

Ce type de calcul déresponsabilise l’homme. Rav a dit : toutes les dates sont passées. L’évènement ne dépend plus que du repentir et des bonnes actions.

C’est ce que nous enseigne également roch hachana. Le but n’est pas de chercher les augures mais de les créer. L’année sera bonne parce que nous aurons analysé l’année précedante, décidé, acquis les outils pour une année meilleure. C’est ce que signifie le seder de roch hachana : nous allons nous même produire (et manger, et nous régaler) des signes que nous choisissons pour la nouvelle année.

Les études psychologiques montrent que ceux qui réussissent ont une particularité. Cette particularité n’est pas qu’ils ont plus de chance que les autres, mais qu’ils saisissent les opportunités quand elles se présentent, sans se laisser abattre par les échecs.

La Téchouva, examen et restructuration de soi, la téfila, la prière, l’introspection, la formulation de nos espoirs et de nos gratitudes, et la tsédaka, l’aide a autrui, feront bien plus pour nous en cette année 5772 que toutes les superstitions…

(Repris de la chronique l’émission Hadech Yaménou sur radio judaïca, le dimanche de 18h30 à 19h30, 90.2 en Belgique.)