Hanouka: un message d’espoir historique et légendaire

Hanouka a également une raison historique, souvent ignorée. Les livres des Machabées, livre apocryphe qui ne nous est parvenu qu’à travers la traduction des septante retrace l’épopée des makabim, de Matatiahou et de ses fils, leaders de la révolte. Il y est relaté qu’une fois le temple reconquis et remis en état, chacun a regretté de n’avoir pu y célébrer la fête de soukot. Le deuxième livre des makabim raconte :

« Ils ont célébré dans la joie, huit jours comme la fête de soukot, se souvenant que quelques temps auparavant ils avaient passé les jours de soukot dans les montagnes et les cavernes comme des animaux. Pour cette raison ils ont décoré avec des bâtons et des branches qu’on pouvait trouver à cette saison et avec des palmiers dattiers ils ont loué Dieu qui avait soutenu leur action dans la purification de son sanctuaire. » (makabim II, 10 :6-7)

La deuxième origine de la fête est donc historique. La situation de Sion comme terre conquise et les conditions de la révolte avaient empêché la célébration de soukot. Notre peuple, qui ne renonce jamais, a su recréer cette fête avec les moyens du bord, hors saison. Notons au passage que ce « soukot chéni » n’a pas pu obéir aux règles habituelles de la fête. Cela n’a pas empêché le peuple de la célébrer et de témoigner ainsi son amour pour la tradition. C’est une deuxième leçon de la fête : ne jamais renoncer, ne pas se laisser démoraliser par l’impossibilité de célébrer nos fêtes, tenter de « reconquérir le sanctuaire » en réunissant les conditions qui nous permettrons de poursuivre notre tradition, et, lorsque le sanctuaire est reconquis, ne pas l’ériger en vérité pétrifiée et idolâtre, mais témoigner de notre amour pour la tradition de façon créative.

 

Hanouka, et cette partie de l’histoire est la plus connue, possède également un fondement légendaire, psychologique et symbolique. Il s’agit du miracle de la fiole d’huile, qui a permis à la ménora (lampe à sept branches utilisée au temple) de brûler pendant huit jours avec une toute petite quantité d’huile. Ainsi, une sorte de ménora à huit branches (comme les huit jours de hanouka) plus chamach, que l’on nomme « Hanoukia », a fait son apparition au quatrième siècle. Encore une fois, il s’agit de ne pas se laisser décourager par la petitesse de nos moyens.

Si nous n’avons qu’un peu d’huile, utilisons-là, partageons cette lumière, laissons là nous éclairer, et elle ne viendra pas à s’éteindre.

Pour cette année, nous pouvons retenir de cette fête si belle et si simple trois qualités qui nous accompagneront pendant ces huit jours, et espérons-le au delà : la lucidité et la conscience, la créativité dans l’expression de notre amour, l’espoir.

Corps et âmes contre l’oppression (Paracha Chemot)

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Tous les matins, à notre réveil, nous commençons notre journée par un texte qui peut sembler étrange, une ode à la matière organique, fragile et palpitante qui fait que nous sommes en vie :

« Bénis sois-tu Eternel notre Dieu qui a créé l’être humain avec sagesse, le créant en creux et en tuyaux… » (bénédiction « Acher Yatsar ») 

La naissance et la mort sont les deux extrémités mystérieuses de nos vies. Nous sommes nés d’un utérus qui nous englobait. Notre corps est destiné à  retourner à la terre dont nous sommes nés », à être à nouveau englouti. (וישב העפר על הארץ כשהיה והרוח תשוב אל האלהים אשר נתנה:) (Eccl. 12 :7)

La naissance comme la mort nous rappellent une réalité animale à laquelle nous essayons d’échapper.

La science moderne nous laisse croire que les fantasmes développés par la science fiction se rapprochent de notre réalité. Comme le soulignait le philosophe, nous préférerions presque l’Utérus artificiel (Henri Atlan) qui nous libérerait de la douce, chaude, et sanguinolente réalité de la naissance. De plus en plus souvent, les naissances sont programmées, pour échapper à l’aléatoire de la nature, voire détournées avec des césariennes « de confort ».

Des raisons matérielles parfois, mais psychologiques et émotionnelles également, nous incitent à tirer notre corps hors de sa réalité charnelle après notre mort, à le détruire dans le feu, à l’enlever symboliquement à sa nature de matière organique, comme pour lui échapper.

La voie du Judaïsme est celle d’une reconnaissance et d’une amitié entre notre matière corporelle, notre partie animale, et ce souffle de génie transcendant qui nous anime parfois. Elle est magnifiquement exprimée par la poétesse :

« Et même sans viser trop haut / Je veux que tu sois, vieille bête / Au moins aussi bien dans ma tête / Que moi je suis bien dans ta peau… » (Anne Sylvestre, Carcasse)

Les questions du corps n’ont rien de trivial, elles sont le fondement de notre capacité d’action, il faut étudier pour être capable de toujours manger mieux, mieux régler son rythme de vie, mieux profiter des plaisirs sensuels et même prendre soin de vider son corps des matières superflues.

C’est ce rapport au corps particulier que conte ce midrach (Sota 11b) rattaché à la paracha de cette semaine. Alors que la « culture » qui les entoure les destine à la mort, les garçons des hébreux sont sauvés par ce rapport très simple de notre peuple à la nature de nos corps.

C’est dans ce rapport simple que les femmes vont aux champs séduire leurs maris, qu’elles vont accoucher seules dans les champs, que la nature se charge de faire tomber le cordon ombilical et que Dieu munit chaque bébé de deux pierres précieuses, l’une prodiguant de l’huile, l’autre du miel pour permettre aux nourrissons de s’alimenter.

La suite du midrach nous entraîne plus loin encore dans le merveilleux. Pharaon décide d’envoyer ses soldats dans les champs, et la terre engloutit les bébés pour les protéger. Pharaon décide de labourer la terre et les enfants se mettent à pousser comme des plantes.

Le midrach conclut en racontant que c’est ainsi que dans leurs fibres mêmes les nourrissons devenus hommes seront capable de chanter cette louange : « C’est mon Dieu et je le chanterai, le Dieu de mes parents et je le placerai au sommet » (Exode 15 :2)

Ce midrach nous rappelle que notre force est dans l’harmonie avec la nature et notre propre nature et non une lutte « fratricide » entre notre nature animale et notre nature divine.

Un chanteur concluait sa chanson d’amour ainsi :

« Et c’est son cœur / Couvert de pleurs / Et de blessures / Qui me rassure… » ( S. Reggiani/ G. Moustaki, Sarah)

Notre force est dans la connaissance de nous-même, pour nous appuyer sur nos fragilités et construire la confiance. Force et faiblesses corporelles sont les deux faces d’une même réalité, notre humanité.

Il n’est donc pas étonnant que nous nous réveillions le matin avec la joie de pouvoir encore compter sur cette matière organique qui fait nos corps. Pas étonnant non plus que nous invitions notre conscience à la nommer pour la transcender et la mettre au service de notre projet humain.